Jour 158 – Les autres.

365 jours de peine d'amour

Ce que la nostalgie peut faire. Aujourd’hui, dans l’une de ses nombreuses, et maintenant quotidiennes, minutes perdues à chercher les mots, je me suis retrouvé dans ma vieille boîte courriel. Curieux, j’ai arpenté les lieux, en quête de souvenirs enfouis dans les méandres de l’Internet. Les trouvailles ont fusé. À la lecture de vieilles correspondances avec d’anciennes relations, je n’ai pas eu le choix de convenir qu’il y a longtemps que j’aime. À ma grande surprise, la réaction première à cette relecture n’a pas été celle anticipée. Au contraire, plutôt que de ressentir la mélancolie des liens déchus, c’est une lourde fatigue qui s’est abattue sur l’amoureux que j’étais et que je suis resté. Il y a longtemps que j’aime. Intensément, sans compromis, j’ai aimé, sans succès. Et je suis épuisé de le faire. À toujours y croire, à penser qu’il s’agit de la bonne, j’ai écrit, dit, pensé, ressenti des mots d’amour qui restent sensiblement les mêmes peu importe l’époque. Plus raffinés, mieux articulés, ils expriment tout ce que j’ai à offrir, mais qui n’est jamais suffisant. Ils représentent ce qui n’a pas su retenir, ce qui n’a fait qu’un temps. Ils incarnent ces promesses naïves qui s’essoufflent pour mourir mensonges. C’est là où le malaise naît. À force de répéter ce que je crois, je crains que ma langue perde de sa vérité, que l’épuisement de mon affection nuise à la pureté du sentiment. Évidemment, j’ai évolué comme partenaire. Il est manifeste que je ne suis pas le même amant maintenant qu’il y a dix ans. J’ai appris de rupture en rupture. Les échecs m’ont forgé, m’ont permis d’être meilleur à deux. Les comparaisons entre mes dernières aventures permettent aussi d’en tirer ces conclusions. La prochaine s’ajoutera à la liste et je reste convaincu que je serai un copain bonifié, corrigé de la présente peine d’amour. Il reste qu’elle n’est pas seule. 365 jours de peine d’amour est un projet isolé. Il est le résultat d’une seule année. La somme de mes histoires. Il n’expose cependant pas en détails les parcours empruntés auparavant, les instants culs-de-sac où la seule issue a été des chemins différents. C’est normal et surtout commun, rares sont ceux qui trouvent à la première occasion, mais de constater que dans la différence des liaisons se retrouve une similarité dans le vocabulaire utilisé est éreintant. Dans cette répétition séparée par les années se cache la perception d’une démonstration cyclique que tomber amoureux, c’est de recommencer avec quelqu’un d’autre. Après autant d’essais infructueux me vient l’envie d’une sieste.

Que l’on me réveille lors de la fin du monde.