Jour 160 – L’anorexie

365 jours de peine d'amour

 

« Aujourd’hui, j’ai franchi une étape importante dans ma prise de conscience par rapport à ma propre santé et mes habitudes de vie.

Il y a trois ans, après une rencontre avec mon médecin de famille, elle m’a fait réaliser que je m’engouffrais dans les vices de la vie et que, côté poids, mais aussi côté santé, j’étais sur le point d’atteindre un point de non-retour.

Avec la peur au ventre, mais aussi la pensée que je n’avais pas ce qu’il faut pour y arriver, j’ai tenté du mieux que je le pouvais d’améliorer mon sort.

Aujourd’hui, 3 ans plus tard, j’ai franchi la barre symbolique des 50 livres perdues (dont 25 dans la dernière année) et je suis plus en forme que jamais.

Si je l’ai fait, tout le monde peut le faire. Suffit juste d’un peu de volonté, de patience, d’énergie et de contrôle personnel.

En passant, oui, j’ai écouté la finale de Qui perd gagne hier.

P.S. ; Prochaine étape : disparaître.

P.S.2 ; Oui, je mange encore des chips sel et vinaigre. Juste pas un sac par soir. »

Les apparences sont parfois trompeuses. Dans mon cas, elles l’étaient. Ce sont mes mots. 11 septembre 2013. Sur la photo, c’est moi. Postée sur les réseaux sociaux. Sur Facebook, 38 mentions « J’aime » et 6 commentaires. Mes propres parents ont aimé. En même temps, comment savoir. Encore aujourd’hui, mes yeux me mystifient. Mon visage me ment, mais je l’aurais cru. J’étais habile pour être malade en secret. Il est rare que les troubles alimentaires se détectent de la tête au haut du buste. Personne ne pouvait se douter. En 2019, je reste avec le sentiment de l’imposteur quand j’affirme avoir été la victime de l’anorexie. J’en parle plus souvent qu’autrement au passé. Ce cliché m’aurait convaincu que le terme est exagéré, que mon cas n’est pas aussi pire que plusieurs. C’est ce que j’ai toujours dit, ce que j’ai toujours pensé.

Cette semaine, je suis tombé sur la capture photographique d’un moment d’improvisation où l’on me voit de la tête aux pieds. C’est là que j’ai su. Que j’ai compris à quel point j’étais mal avec moi-même. En comparaison avec actuellement, j’ai vu toute la souffrance que j’ai surmonté sans m’en rendre compte. L’anorexie est perverse. La personne atteinte est à la fois la maladie et le malade, la victime et le bourreau. L’anorexie prend possession. Le film d’horreur est réel. L’exorcisme est rare. Elle hante, tourmente et détruit. Elle était mon démon et je suis devenu le fantôme. La prochaine étape, j’ai failli l’atteindre. J’ai failli disparaître. Je m’explique encore mal la provenance de l’intervention divine. J’ai été sauvé. Par qui, par quoi, je l’ignore, mais je sais que je suis guéri. La preuve est que la photo à la fin du texte ne me représente plus, que ce qu’elle montre a disparu.

La semaine dernière, quelqu’un m’a demandé de lui expliquer 365 jours de peine d’amour. Je lui ai dit d’aller lire parce que je pense que c’est un projet qui se vit, qui ne s’explique pas. Cette personne m’a demandé si c’était quétaine. J’ai répondu que je croyais que « oui ». Quétaine n’est pas péjoratif à mes yeux. Il y a du bon et du mauvais quétaine. Je pense que j’écris du pas pire quétaine. Elle m’a demandé si j’écrivais des clichés comme le fait qu’il faut s’aimer soi-même pour être aimé. Coupable. Dès le premier texte. Dès le Jour 1, j’écrivais :

«  Paraîtrait-il qu’il faut s’aimer soi-même pour permettre aux autres de nous aimer. Et je me suis toujours aimer, mais du bas de la montagne. Il est temps que je m’appartienne, que ce soit moi que je conquière plutôt que les autres.  »

Je pense que ces mots vont au-delà du quétaine. Aujourd’hui, tout est plus sain. Il n’y a plus rien de cette photo qui est moi. Ce serait contre-productif de t’expliquer avec des chiffres. Encore moins avec des méthodes d’entraînement ou des recettes sur la saine alimentation. L’important, c’est que je suis bien. Et que je n’ai plus l’air de ça. En 2013, j’étais célibataire. En 2019, je suis célibataire. La différence, c’est cette photo. C’est le quétaine. C’est qu’en 2013, je n’étais pas prêt à aimer parce que visiblement, je ne m’aimais pas. Le quétaine, c’est qu’en 2019, je pense que j’y arrive. En 2019, je m’aime et je suis prêt à aimer. Et il n’y a rien de quétaine là-dedans.