Jour 256 – Bill Hader In SNL Is My Spirit Animal

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Le couple tue l’humour. Plus sournois encore, il est un meurtrier au sang-froid et au plan précis qui s’assure que ce soit une mort lente, dans l’agonie de ce qui suffoque sans le savoir. Étape par étape, le décès est presque chirurgical, dans l’ordre chronologique habituellement synonyme de la maladie alors que personne n’est atteint de quoi que ce soit outre que l’envie de réussir la vie ensemble. D’ailleurs, c’est ironique, cette volonté d’union qui est la source de la complicité humoristique et qui accouche les rires pour les étrangler petit à petit au fil du temps, question qu’ils soient de moins en moins sonores et de plus en plus rares. La passion s’estompe en même temps que l’hilarité parce qu’ils relèvent tous deux de la surprise et qu’il n’y a plus rien de surprenant dans ce qui se connaît trop. L’un répète les mécanismes de ses plaisanteries et comme elles sont éventrées par le trop grand partage commun, la curiosité de les découvrir laisse place à l’ennui de les voir venir. Plutôt que d’efforcer le sourire, ce sont les yeux qui visitent le haut de la tête et c’est à ce moment que l’on peut se dire que le spectacle est terminé, que les rideaux sont déjà en train de se fermer et qu’il est déjà venu l’instant de sortir de scène.

Maintenant, je sais qu’il est mieux de prendre sa retraite, de changer de carrière, que d’essayer de réanimer ce qui me prend pour acquis  : il n’y a qu’un public conquis d’avance pour servir une ovation par politesse à un amoureux de moins en moins bon. Chaque fois, ce n’est qu’une pause de durée variable que j’entame parce que j’aime faire rire et que l’amour comme l’humour reviennent toujours. Avec une personne différente, c’est le même manège qui recommence jusqu’à ce que le ménage vienne faire le bordel dans un bain de sang où les éclats de rire sont réduits au silence, eux qui étaient un vacarme chaleureux autrefois.

Secrètement, je rêve de violents décrochages qui ne se terminent jamais, de mains sur la bouche pour cacher la stupeur, de ricanements sarcastiques qui camouflent la complicité de ce qui comprend, de petits cris aigus qui marquent non seulement la stupéfaction, mais aussi la honte de trouver drôle ce qui ne peut être assumé en public, de joues qui craquent de s’être forcées à essayer de résister sans ne jamais pouvoir réussir, de jubilations collectives sans consultation qui indiquent que la blague frappe sa cible, de sons francs et vrais qui ne s’arrêtent pas, pris dans la vague de ce qui est le fruit d’un génie comique hors du commun, d’une répartie précise et puissante ou d’une spontanéité désarmante.

Pour l’instant, je me contente d’un minime rictus… le mien.