Jour 260 – Far From Home

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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En dehors du sexe, l’envie de m’évader est la pulsion qui me visite le plus quotidiennement. Bien que l’expression trop utilisée « Loin des yeux, loin du cœur » justifie bien des situations, je pense qu’elle peut être fausse quand elle s’applique aux voyages. Chaque fois que j’ai voyagé en couple sur une longue période, l’expérience s’est révélée être un désastre annoncé et je pense que c’est de ma faute. Les trajets en avions, les voitures louées, les routes empruntées, les logements occupés, les gens rencontrés, les plats dégustés et les paysages étrangers se sont tous avérés annonciateurs d’une rupture imminente, portes-étendards d’une tragédie obligée. Le paradoxe, c’est qu’ils sont maintenant, avec le recul, les bocaux de ce qui n’est pas lié à la finalité.

« Loin des yeux, loin du cœur », c’est vrai comme faux parce que les kilomètres qui séparent le célibataire que je suis devenu des couples que nous étions arrivent parfois à me faire croire qu’ils existent encore. Que les univers parallèles, déjà abordés ici, en sont aussi des territoires où les frontières ne sont pas que des séparations limitrophes, mais des barrières aux histoires qui se poursuivent outre-mer. Que chaque endroit visité est une boucle qui recommence ou se continue, mais où les émotions ne l’emportent pas sur les relations. Maintenant seul, je suis un simple revenant qui essaie de comprendre le mystère de l’existence, surtout de la sienne, sauf que je me plais à croire que ma présence loin d’ici a été marquée, clonée, que les aventures vécues ailleurs n’ont pas été vaines, que des sosies de nous et des autres restent bien vivants, errent dans l’éternité sans avoir de date de retour. Ils ont des passeports qui, contrairement à ma réalité, n’expirent jamais.

« Far From Home », c’est encore une fois volé à l’art lui-même, mais c’est une série dans les prochains jours où je m’assure de faire le tour de l’histoire. Depuis 365 jours de peine d’amour, je te raconte tout. Alors, j’ai aussi le devoir de décrire l’extérieur. Ce ne seront pas seulement des anecdotes ou des souvenirs, il s’agira aussi de cette violente impression qu’à ne pas avoir accès visuellement à ces contrées auparavant foulées, je n’ai aucune preuve que ces liaisons déportées ne sont pas devenues des trésors organiques d’immortalité. Pour le meilleur et pour le pire, mais pour toujours parce que…

Loin des yeux existe encore.