Jour 262 – Far From Home : L’Espagne

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

Les derniers articles par Michaël Bédard (tout voir)

L’escale d’une relation en chute libre de l’amour vers la rupture ne peut se faire que sous le soleil, sans quoi, il y a là trop de drame pour que la réalité ne devienne pas fiction. C’est dans un pays étranger au nôtre que nous devenions justement étrangers et étranges, dans l’attente de complètement s’écraser. Dans toute la métaphore de notre descente aux enfers se trouvait le trajet pour se rendre à la plage, du haut, où nous séjournions, au bas, location de la mer, de la montagne. D’une durée de 90 minutes, nous l’avons marché, dans le silence comme dans les conversation vides des amants qui sentent la mort venir. Les manières d’y réagir sont nombreuses. Dans le cas présent, elles étaient diamétralement opposés. La tienne était de te distancer et la mienne était de vouloir te rejoindre. D’ailleurs, même si la chaleur était à son maximum, je n’ai jamais eu aussi froid de toute ma vie.

L’alcool rapproche les gens. Ce jour-là, c’était la dernière fois que nous allions dévaler la pente sinueuse. C’est simple, nous avions décidé, pour donner un électrochoc à notre voyage et probablement aussi à notre relation, de quitter le paradis où nous habitions depuis quelques jours pour aller explorer. Nous sommes les victimes de notre génération : voyager, c’est de voir le plus possible sans prendre le temps de s’y arrêter. Avec le recul, je ne le regrette pas, même si ce premier appartement partagé en terres espagnoles me manque. Dans le départ, nous nous sommes assurés de ne pas gaspiller la bouteille de gin à peine entamée que nous avions achetée à rabais. Happés par la puissance du jour et les gorgées sporadiques que nous prenions dans l’expédition, nous nous sommes retrouvés l’instant d’un moment. C’est la seule éclipse causée par le soleil lui-même que j’ai vu de ma vie. Dans tes allées et venues entre l’incertitude et l’envie de nous, tu t’es arrêtée pour m’aimer. Jusqu’au train, seuls au monde, nous avons existé à la manière de ceux qui sont pris au piège à l’aube d’une catastrophe. La seule chose que nous ignorions, c’était que la tragédie était justement de s’entêter à rester ensemble.

Arrivés à la gare, direction Barcelone, nous avons décidé d’écrire chacun de notre côté. Quelque peu ivre, je me suis exécuté avec la plume d’un condamné à mort qui ne veut que survivre. Le réflexe de quelqu’un qui veut sauver la situation est souvent de jouer le tout pour le tout. Sous l’effet du gin and tonic, mon envie de tout te donner s’est matérialisée dans la vulgarité, dans les retrouvailles du cœur par celles des sexes.

Près de trois ans plus tard, c’est devenu une épitaphe:

« 21 juillet 2016

Entre la vie… et la vie

Dans un train en direction de Barcelone

15:46

Cette impression de vivre, mais pas pleinement, comme s’il y avait un manque pour la qualifier de complètement. Comme si pour vivre pleinement, je devais te baiser dans ce train. Oui, te faire l’amour, évidemment, mais de la façon animale et intense qui nous caractérise. Tu vois, j’ai choisi de m’adresser à toi directement. Pourquoi? Malhonnêtement, je dirais que vu l’alcool dans mon sang, c’est la vérité de mon cœur qui parle. Honnêtement? Je n’ai que le goût de te faire mouiller.

Vulgaire, hein, mon amour?

L’amour, c’est ce qui permet cette vulgarité, ce sentiment, cette base qui me donne envie de te pénétrer aussi profondément, comme si c’était jusqu’au cœur; bombardement de mon orgasme en toi. Parce que tout autour, c’est peut-être l’Espagne, mais en dedans, c’est Hiroshima mon amour »