Jour 263 – Far From Home : Quelque part en Europe de l’Est

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Revenons en 2018. Ce n’est plus l’autre d’avant et c’est toi à nouveau. Le titre n’est pas précis parce qu’il s’agit de ton pays d’origine et que je pense que ça t’appartient. Ceux qui savent déjà saurons et les autres n’ont pas besoin de savoir d’où tu viens exactement. C’est par respect pour toi que je garde le minimum privé pour éviter que tout le monde puisse te trouver. Il s’agit d’un récit autobiographique où la fiction ne prend sa place que dans le manque d’explications, dans le flou des informations. Quoi clarifier de plus à part qu’un peu moins de deux mois avant notre fin définitive, nous étions ensemble dans ce pays où tu n’étais pas retournée depuis quinze ans?

Sans le savoir, c’est ce cadeau que tu m’as donné pour marquer notre première année passée en couple, soit cette possibilité de vivre tes retrouvailles avec tes racines en ta compagnie. Aujourd’hui, il prend davantage des airs de « baiser de la mort », de mauvais présage avant la tempête parce que tout était trop beau pour être vrai. Des paysages à ton rire, ce retour chez toi avait des airs de théâtre où je n’étais qu’un spectateur, où je jouais sans avoir le faire avec le regard extérieur de l’acteur qui se sait partie prenante d’une expérience hors du commun. Ce n’est pas tous les jours que l’on accompagne quelqu’un qui n’a pas mis les pieds à la maison depuis aussi longtemps. C’est encore plus fort quand on l’aime de tout son être.

Revenir chez soi après autant de temps comporte son lot d’appréhension. Le faire avec quelqu’un d’autre est encore pire. Au-delà de tout ce que nous y avons vécu, un moment surplombe les autres avec aplomb. Il n’est ni touristique, ni en lien avec où nous nous trouvions. C’est un instant qui aurait pu avoir lieu dans n’importe quel endroit au monde et pourtant, il n’y avait que là, avec toi et avec elles qu’il était possible. C’était prévu à l’agenda. Chaque jour, il était repoussé sous prétexte d’avoir mieux à faire. Peut-être étais-tu un peu craintive? Qui ne l’aurait pas été? Ou c’était simplement dans la souvent naturelle suite des choses que ça se déroule de cette façon? Le vivre tout juste la veille du départ, question de ne pas en être trop hanter pour le reste du voyage? Qui sait ce qui a décidé…

Le temps de s’y rendre est finalement venu. De parcourir les rues de cette petite ville, pour toi de la retrouver et pour moi d’en apprendre plus sur son présent, sur ton passé. À la fin de l’asphalte, la ruralité d’une route de campagne où le territoire s’étendait à perte de vue. Le dépaysement de se sentir pas si loin de la maison. D’avoir l’impression d’être dans la version infinie de chez soi. Une longue marche dans la rêve d’être à l’autre bout du monde et tout près à la fois. Jusqu’au moment où ces chiens qui ne voulaient pas se faire approcher nous ont quitté à l’arrivée, ajoutant au sacré du lieu. Devant moi s’étalait ce vers quoi j’allais en pleine connaissance de cause, mais que je n’aurais jamais pu imaginer : le cimetière où étaient enterrés tes ancêtres. Sans nommer les liens qui t’unissent à eux pour encore une fois te laisser une once d’intimité, j’étais en mesure de comprendre l’importance de la valeur qu’ils ont pour toi. Instantanément, j’ai essayé de refouler mes larmes. Il était inconcevable que je m’approprie la peine liée à des départs comme ceux-là. Il reste qu’après les présentations, les anecdotes, les prières, les silences et la paix, je ne saurais encore aujourd’hui expliquer comment j’ai su retenir le cocktail d’émotions qui s’était formé dans mes yeux.

Même si la rupture a été douloureuse, c’est pour cette inestimable rencontre avec ce que tu as de plus cher que je ne peux que continuer de te remercier d’être passée dans ma vie. Dans toute l’apprentissage de ta culture, je retiens aussi ceux et celles qui te l’ont apprise et qui restent parmi nous grâce toi, par l’entreprise de la transmission que tu nous offres. De le revivre par les mots me donne envie de te dire merci, mais me fait aussi comprendre pourquoi je t’ai aimé, pourquoi, même si c’est différemment, je t’aimerai toujours.

Odihneste-te in pace.