Jour 2 – Le début/La fin

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Toute rupture est un choc. Peu importe qu’elle soit celle d’un objet qui se brise, d’un muscle qui se déchire ou d’une relation qui se termine, il y a, lorsqu’elle survient, un moment de flottement, comme si le temps s’arrêtait au son du fracas, du claquement ou des mots prononcés. Il provient d’une seconde précise où tout éclate en morceaux, mais est d’une durée variable liée à la réalisation. La réalisation que ce qui formait un tout est maintenant en deux parties, séparées. Pour moi, le moment de flottement qui a suivi la rupture, le choc, a été le jour 1.

Maintenant, l’anesthésie, ironiquement définie comme « la suppression des sensations », tire à sa fin. Le sédatif de l’annonce s’estompe et me voilà seul, hors du bloc opératoire de notre conversation, à réaliser ce qu’on m’a réellement enlevé lors de cette opération. Les mots comme des scalpels, j’ai été lacéré au cœur et les reproches m’ont lobotomisé l’âme. Sans réelle ordonnance ni marche à suivre pour guérir, je sens aujourd’hui ce trou béant au milieu de moi, énorme cavité qui respire l’air à ma place et qui ne m’en laisse en retour que très peu. Le souffle court, l’expiration laborieuse, j’ai comme seul pansement le temps. Parce qu’heureusement, la mémoire est une faculté qui oublie.

D’ici là, les vomissements de ce qui aurait pu ou dû être fait me secouent d’un spasme de regrets, comme si nous avions pu éviter de s’opérer vers la séparation, comme si une greffe de communication et des antibiotiques de compassion auraient pu sauver l’amour. Non, comme tu le sais, la consultation s’est fait attendre et nous en sommes là, le destin médecin avec le verdict que ce ne sera pas pour cette fois, que nous sommes en rupture terminale. Il y a les pleurs, la rage, la colère, le sentiment d’avoir eu un amour en santé, mais les tests se voulaient clairs, le cancer du doute s’est propagé dans toutes les sphères de la vie. Ce qui était un jour des promesses d’éternité s’est transformé en une leucémie de « peut-être », agressive dans le déclin d’un « pour toujours » devenu « plus jamais ». La chimiothérapie amoureuse a été tenté, mais il semblerait que la chimie en question n’était plus ce qu’elle était. Plutôt que de guérir et de faire perdre les cheveux, elle n’a pu empêché ce qui restait de périr, mais a fait couler les larmes. Épuisé, l’amour lui-même a rendu les armes.

Maintenant que le choc de son départ est passé, il me revient en tête tout ces souvenirs d’un amour vivant, grand, aux allures d’infini. Toutes ces idées, ces projets que l’amour n’aura pu concrétiser. Le mariage, les voyages, les enfants, la vieillesse, tous des moments que l’amour ne connaîtra pas. Parce que les accidents de parcours l’ont tué. Et que pour mieux respirer dans ce qui me reste de cœur, je n’ai que comme seul pansement le temps. Alors qu’on dit que la mémoire est une faculté qui oublie, on affirme aussi que les écrits restent. Et ces mots, les mêmes que ceux du jour 1, de novembre 2012, m’indiquent que même si je souhaiterais rester dans notre amour comme les écrits, le mieux à faire n’est que d’être ces mémoires qu’on oublie.

« Alors que je croyais croupir jusqu’à la fin de mes jours dans cet hospice qu’était devenu notre quotidien, à larmoyer sur le cadavre de notre présent, voilà que je le laisse partir vers la morgue de l’imparfait.

Ici gît mon ancienne vie. »