Jour 6 – « Tu ressembles de plus en plus à quelqu’un que je ne connais pas. » – K. Pelgag

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Plus je vieillis, plus je réalise que je m’attache aux endroits comme je m’attache aux gens. D’une loyauté presque malsaine, je chéris ces endroits où je suis bien avec la même intensité déployée dans mes relations, qu’elle soient amoureuses, amicales ou sociales. Un restaurant, un bar, la chambre de mon enfance, ce sont de simples pièces qui prennent une place démesurée dans mon être, étant parfois les destinations prisées par mon esprit quand il veut s’évader. Il n’est pas nécessaire de chercher bien loin pour trouver explications à cet amour pour les lieux que je visite : la nostalgie des souvenirs. Chaque moment vécu s’associe automatiquement à ce qui m’entoure. Les sentiments ressentis lors du moment en question se propagent tout autour de moi et s’associent à ce que mes yeux voient. Ainsi, il me prend des envies inexplicables d’être quelque part simplement parce que mon corps, dans un spasme de nécessité, ressent le besoin de se sentir comme il s’est déjà senti à une autre époque. Comme si le malheur, la douleur, la peine pouvaient disparaître quand je me téléporte l’âme ailleurs. C’est devenu différent. Mes ondes radio du bonheur sont troubles présentement puisque chaque destination potentielle pour me revigorer l’esprit contient de toi. Que ce soit ta présence ou une allusion, tu n’as pas assez d’être dans mon cœur et ma tête, tu te retrouves dans mes fantaisies d’évasion. Il me semble devenu impossible de quitter l’enfer du moment présent pour me réfugier dans un souvenir passé sans que tu t’y immisces d’une quelconque façon. Parce que tout me ramène à toi. Une chanson, des mots, les réseaux sociaux, chaque instant devient une constante menace de mon cœur qui se déchire à la mention de ton nom ou à une allusion à quoi que ce soit, que ma mémoire va utiliser pour faire un lien des plus louches pour que tu reprennes ta place en moi. Par contre, comme notre amour, tu n’es plus ce que tu étais. Comme de ces lieux qui sont rénovés ou détruits, j’assiste jour après jour à l’ouverture de quelqu’un d’autre. Tu n’es plus mon commerce préféré, mais je me dois de magasiner encore de toi puisque je m’attache aux endroits comme je m’attache aux gens.

Et quand les endroits ou les gens changent, il y a cette période d’essai où on veut se convaincre que le changement est pour le mieux. Déjà, je réalise que tu deviens ce dont je ne suis pas amoureux. La nostalgie a ses qualités comme ses défauts sauf qu’elle est fidèle quand vient le temps de constater le changement. Et je suis conservateur dans ce que j’aime, ennemi de ce qui me devient inconnu. Plus ça change, plus c’est pareil, mais il me semble que tu es bien différente depuis que notre réalité est devenue pluriel. C’est comme si ce dont je suis tombé amoureux a été anéanti pour y construire une version de toi dont les configurations ne ressemblent aucunement à cet endroit où j’étais bien. Peu à peu, le deuil de ne plus mettre les pieds dans notre amour s’estompera et je retrouverai ces endroits en moi où je vais quand j’ai besoin d’être ailleurs. Pour l’instant, je me contente d’être sans domicile fixe, itinérant des sentiments. Qui sait, peut-être est-ce que ça m’amènera à frapper à d’autres portes, à découvrir de nouveaux gens…