Jour 12 – À toi et pour nous, Michaël

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

Les derniers articles par Michaël Bédard (tout voir)

Avec les jours qui passent au même rythme que les réflexions sur ce que je deviens, l’enfant que j’étais me revient en tête. Le souvenir est aussi clair que la nostalgie qui l’accompagne, paradoxe impressionnant, douce et violente à la fois. Ce qui me revient me donne l’envie d’y revenir à mon tour, de fermer les yeux et d’être lui à nouveau. Devant l’impossibilité d’une telle manœuvre, je jalouse la vie de celui que j’ai déjà été. Des rires de jeunesse, les sourires de mon innocence, je n’existais qu’aux dépens de mon insouciance. L’enfant que j’étais est là comme une preuve clair que j’ai déjà vécu le vrai, que le faux, le laid s’est installé quand les bougies devenaient plus nombreuses sur mes anniversaires. Cette noirceur que l’on qualifie d’être adulte souille la lumière de mon enfance. Et l’enfant que je suis resté pleure en silence. Parce qu’il rêve de tout ce qu’il y a de plus simple : un amour qui dure, le vrai, l’éternel. Celui qui se cache bien loin d’une génération qui ne sait pas aimer. Par contre, s’il pouvait m’entendre, je lui dirais que je crois encore en lui, que je l’attend, que je suis patient s’il prend son temps pour arriver, mais que je reste impatient de le connaître, de le laisser s’emparer de moi pour être le moteur de tout ce je fais. Au fil des relations qui s’estompent, je le pleure de partir, de ne pas avoir été là au complet, je le maudis, le déteste et je me mens en affirmant à tout vent ne plus y croire, pourtant déjà encore prêt à le recevoir. Par contre, avec l’âge qui grimpe rapidement, l’adulte de maintenant a la même peur que l’enfant d’avant : que l’amour auquel j’ai droit n’arrive pas assez rapidement. Les deux s’entendent pour dire qu’ils resteront au même endroit, qu’ils attendront sans faire d’émoi, mais craignent qu’à force de changer d’adresse, l’amour de ma vie se perde et qu’il ne nous retrouve pas. Donc, l’adulte et l’enfant que j’incarne se tiennent la main, les doigts croisés de bientôt rencontrer mon destin et la femme qui le personnifie.

Dans l’attente, j’accepte de vieillir de l’extérieur, mais je me garde l’intérieur en enfance. Je donne le droit à mon corps d’être le symbole du temps qui passe, cynique dans tout ce qui ne fonctionne plus comme avant quand la vieillesse prend de plus en plus de place, mais je force mon cœur à être candide, ce romantique qui refuse d’être dans les mœurs d’une époque dont il ne se sent pas le porte-parole, étant plutôt à contre-courant dans cette envie des relations d’antan. Donc, je, l’adulte, suis moderne dans ma quête de trouver ce que tout le monde cherche, mais quand je l’aurai trouvé, je, l’enfant, promets d’aimer comme dans l’ancien temps.