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365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Les saisons sont polarisantes dans cette manie qu’elles ont d’être si différentes. Certains préfèrent l’une au détriment des autres alors que plusieurs ne peuvent arrêter leur choix. L’une a les avantages que les trois désavantagées jalousent et elles ont à leur tour des qualités qui sont uniques, qui les rendent toutes distinctes, mais avec des similarités qui en font, lorsque assemblées, une progression linéaire que l’on appelle année. Cette évolution sur la période annuelle se fait souvent en douceur, les jours comme des éponges du thermomètre, profitant des changements de températures et de paysages pour s’annoncer lors de l’arrivée et quitter lorsque la prochaine se fait impatiente. Pourtant aux couleurs dissemblables, aux lueurs discordantes, elles se fondent, de l’ancienne à la suivante, dans une mouvance presque érotique, comme si elles faisaient l’amour dans un tango de passation. Comme si l’orangé de l’automne décidaient de s’offrir une dernière fois au blanc de l’hiver qui lui, tombaient dans le vert du printemps qui ne pouvaient s’empêcher de jouir dans le rouge ardent de l’été. Une fois celui-ci terminé, il se permettait une dernière aventure indienne avec la fin septembre avant de s’éclipser jusqu’au prochain mois de mai. De ces relations saisonnières naissent des changements au décor, à l’image de ses vies dont on change tout quand l’amour décide de partir ailleurs.

Au fil de ma longue saison, j’ai réalisé qu’octobre me fait virevolter le cœur au vent, le changeant de couleur, fissuré par les courants d’air du changement d’heure. On recule pour mieux avancer, mais l’automne a toujours été signe d’un début de noirceur pour mon for intérieur, coïncidant souvent en séparation de la feuille que je suis des arbres qu’elles étaient. S’en suit la congélation de mon être, sorte d’hibernation pour garder tout ce qui me quitte, comme si de moins bouger allait ramener l’été. Alors que novembre est une Sibérie aux allures éternelles, décembre et janvier s’enfilent, réjouissance de mon cœur qui dégèle de festivités pour ensuite ramener février, rappelant le passé de mon corps gelé. Mars donne la fausse impression d’un retour des bourgeons, avril en pluies futiles, mais mai est là où je redeviens le plus enflammé. Juin, juillet et août les yeux fermés, le calendrier vite passé, j’ai chaud, je sue et tous aiment aimer. Reviens septembre, tributaire de la réalité, vacillant, hésitant, qui aimerait rester, donnant une dernière fois l’été avant de devoir être le mois des cœurs brisés.

Pourtant, même si l’on sait qu’elles reviennent comme l’amour le fait aussi, les saisons sont ce qu’elles sont : il fait présentement « dehors novembre » et je n’ai comme coloc que la dépression. Au tout début du marathon de l’hiver, avec décembre comme ligne d’arrivée pour mieux aller, je pense à l’été et ne souhaite qu’aimer. Chaque chose en son temps et même s’il est lent, j’arriverai au bout de l’année en un seul morceau. Et comme les saisons, je passerai aux changements sans regarder derrière, sachant que même si de me voir tomber l’automne me donne froid d’hiver, je renaîtrai au printemps, pour ensoleiller l’été.