Jour 17 – The Way Way Back

365 jours de peine d'amour

La vie est plus souvent qu’autrement comparée à un voyage. Dans ce qui est devenu un cliché poétique, une métaphore trop souvent vue, tous ont déjà associé l’image de l’existence, la durée de celle-ci, a ce que représenterait un long périple dont la fin est la mort. Donc, une allée, mais sans billet de retour. Et malgré la popularité de la formulation, qu’elle ait été écrite, dite et entendue abondamment, reste qu’elle s’apparente à l’expérience de vivre et se rapproche de la réalité expérimentée par l’être humain dans sa quête de sens.

Tout au long de nos voyages respectifs et personnels, on décide ou se fait imposer maintes destinations, partenaires, conditions pour essayer de se rendre le plus loin possible en un seul morceau, sans trop de regrets. Il pleut souvent davantage qu’il ne fait beau, mais quand la tempête éclate, il n’y a pas moyen de se mettre à l’abri, on se laisse mouiller par les aléas de la vie, attendant que les vagues se calment pour éviter de se noyer dans le déni de la météo. Au fil des situations, on devient le moyen de transport nécessaire à la poursuite de la distance à franchir, le kilométrage total de celle-ci n’étant pas connu. Donc, on s’adapte selon ce qui se présente devant nous, que ce soit la tristesse sinueuse ou le bonheur plat, on change, se modifie pour être capable de se rendre jusqu’au bout sans abandonner, dépaysé et incapable de se choisir de quoi nous permettre de continuer à avancer. Submergé par plus difficiles températures, on sombre et on cesse de fonctionner, perdu au milieu du noir et l’idée de ne plus voyager, de rentrer à la maison se fait plus grande, incessante et alors que l’on voudrait simplement un répit, c’est la promenade qui se finit. Donc, on grimpe dans l’avion, sans parachute, prêt à sauter dans le vide et à s’écraser. On choisit l’embarcation finale, pourtant sécuritaire, mais dont on ne respecte pas les précautions d’usage pour que ce soit la destination ultime. On saute et l’avion ne nous suit pas. On tombe, seul, et on le restera jusqu’à un sol qu’on ne touchera jamais. Parce que plus rien n’existe dans le vide.

Au début, d’autres voyageurs s’arrêtent, pleurent le départ, mais plus tôt que tard, repartent pour ne pas être trop en retard dans leur propre itinéraire. Certains continuent la route en voiture puisque c’est le bonheur qui est en visite tandis que d’autres sont en bateau pour voguer sur toutes les larmes qui ont coulées. Il y a la moto pour les impatients, ceux qui veulent que tout avance plus vite, les plus solitaires et ceux qui jouent le jeu dangereux de ne pas prendre le temps pour se déplacer, qui risquent tout ce qu’il y a autour d’eux pour arriver en premier, plus souvent seuls qu’accompagnés. Il y a la bicyclette pour ceux qui font les efforts constants, qui n’ont pas peur des changements de plans, ceux qui peuvent autant être seuls qu’à deux, en tandem, amoureux. Il y a aussi le pédalo, pour ceux qui valorisent le temps, qui se disent qu’avancer se fait en équipe, qu’il faut pousser dans la même direction pour ne pas dériver, dont la vie est contrôlée autant par eux-mêmes que celui ou celle qui partage l’embarcation, qui n’ont pas peur de l’engagement comme de dire « non ». Tant de moyens pour se transporter du début à la fin, tous interchangeables selon la période traversée, il suffit de choisir le bon pour éviter de stagner, pour être en mouvement, pour ne pas reculer et sombrer comme les kamikazes de l’air qui sautent sans penser que la température est faite pour changer, que même le vent arrive à se calmer.

Et présentement, je fais le choix de continuer, de ne pas sauter, mais je me permets quand même de m’éloigner d’ici, d’être dans ma fusée, signifiant que je prends une pause de la vie, une pause de la Terre, que je pars dormir dans l’espace pour éviter d’embarquer dans l’avion, dans les pensées où le saut est la seule solution. Parce qu’il est possible pour les gens comme moi, ceux qui ne veulent pas en finir, mais qui ont mal de trop souffrir, de ne pas avancer en ligne droite, de dévier, mais de s’assurer dans le non-linéaire de ne pas se briser, de ne pas casser.