Jour 36 – Être dans son élément (1 de 4)

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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L’eau représente à elle seule la meilleure amie et la pire ennemie de la race humaine. Nécessaire à sa survie quand elle est ingurgitée en petites quantités, elle peut aussi être l’une des présences les plus meurtrières lorsqu’elle se déchaîne en grandes masses. À la fois un besoin vital dont on ne peut se débarrasser, elle menace notre survivance de par les prédictions de son éventuelle disparition. Ce corps liquide que l’on croit inférieur à nous jouit d’un pouvoir total sur notre existence, d’un contrôle sans le savoir sur notre perpétuité. Il est difficile de croire que ce que l’on côtoie de façon insipide jour après jour peut nous permettre de vivre, mais nous tuer à la fois.

Il en va de même du sentiment amoureux. Il se permet de se faufiler en nous, on l’avale sans s’en rendre compte et le voilà qui se renverse dans nos veines, qu’on s’abreuve de lui comme s’il nous prévenait d’une grande sécheresse que nous ne ressentions pourtant pas, qu’il hydrate toutes les pores de notre âme, cascades énergétiques nécessaires à aimer encore plus fort, toujours présent pour nous remplir à nouveau quand l’amour nous a trop fait suer. Lui aussi semble éternel, donc on le gaspille dans de longues douches de l’autre, on le laisse couler quand on se brosse les cœurs tandis qu’on sait très bien que plusieurs territoires non-fréquentés sont asséchés par son manque. Par contre, c’est à eux à se mettre la tête dans le sable parce qu’ici, l’amour coule à flots et il n’est pas question du désert mouvant du célibat parce que le soleil relationnel est bien plus torride qu’aride. Au contraire, il pleut des lacs d’affection et des rivières de sexe et ceux qui ne peuvent se tremper n’ont qu’à trouver un endroit où la passion les amène nager. Parce que c’est le but de la vie, s’installer à un endroit où il y a l’amour potable.

Évidemment, l’eau de la relation se boit de plusieurs façons. Embouteillée dans la famille ou coulant du ruisseau de l’amitié, je croyais avoir le puits assez profond pour me désaltérer sans avoir à saliver. Ça, c’était avant de savoir qu’elle s’était infiltrée comme une bactérie dans les égouts de ma vie. À la surface, tout est clair comme de l’eau de roche, mais mon réseau d’aqueduc est pourri par sa présence dans mes tuyaux sociaux. Ce qui fait que même si j’ai vidé le verre de nous deux jusqu’à la dernière goutte au lavabo, je la goûte encore comme du mauvais fluor que l’on ajoute pour prévenir les maladies, mais elle n’est pas bonne pour ma santé, étant la raison principale de ma déshydratation. Alors que j’essaie de me boire ailleurs, de me guérir dans les Eskers, elle pollue mon fleuve de Montréal, comme si la distance terrestre qui nous sépare n’est pas assez pour qu’elle ne réussisse pas à faire de vagues. Même si je souhaite être seul dans mon parc aquatique, elle est toujours là à me pousser dans ces glissades que je ne veux pas être, mais j’ai compris que mes glissements ne dure qu’un temps et qu’on ne se noie pas de trop de larmes dans les yeux.

Maintenant que j’ai appris à flotter, je fais appel à toi qui me voit me débattre dans le courant depuis le jour 1, toi qui parfois, me crie, entre deux gorgées qui brûlent la gorge, être dans le même tsunami, submergé, incapable de sortir de l’eau trop vive de ses remous.

J’pense qu’à la place de monter la tente, va falloir construire une arche… t’en penses quoi?