Jour 37 – Être dans son élément (2 de 4)

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Le feu est un danger que l’humain essaie tant bien que mal d’apprivoiser pour en retirer certains bienfaits. Évidemment, il est une source de chaleur que nous avons réussi à emprisonner pour en faire de la lumière et de l’électricité. Inévitablement, s’en départir serait néfaste pour bien des raisons, mais il est si incontrôlable qu’il arrive qu’il prenne le dessus sur nous et qu’il ravage plusieurs de nos propriétés. Vengeur, il s’attaque même à nos forêts qu’il décime sans la moindre pitié puisqu’il ne prend pas de temps pour accomplir son œuvre. De plus, sa rage est celle qui fait le plus de dégâts lorsqu’il entre en contact avec l’être humain, laissant sur la peau des cicatrices qui rendent impossible l’oubli de sa présence. Douloureux, il s’assure de laisser sa trace, que ce soit en stigmates sur l’épiderme ou dans la destruction complète de ce qu’il croise.

Il en va de même du sentiment amoureux. Il est une braise dont la présence est constante, impossible à éteindre même si les pompiers de la rupture lui ont jeté une douche froide avant, qui n’attend qu’un combustible complémentaire pour rallumer la flamme. Ardente, elle consume toute la rationalité pour n’être qu’un carburant émotionnel, essence primaire à l’amour sans compromis, ravivant l’étincelle dans les cendres des expériences passées. Il y a explosion de sentiments et de pulsions parce que quand les pyromanes de la passion jouent avec le feu, ils s’immolent dans l’affection. On dit parfois de lui qu’il est sacré, mais il a tout de l’enfer parce qu’il y a combustion spontanée quand deux êtres se flambent en nus. On se brûle au deuxième degré, sans extincteur pour se protéger, et vient ensuite une autre visite à la caserne des cœurs brisés. Un coup de boyau d’un soir pour oublier la vie et nous voilà reparti pour déclencher le prochain incendie.

D’ailleurs, il me vient des envies de danser avec les flammes, d’être rouge sang du comportement et orangé de franc-parler. Des flammèches dans mon foyer, j’ai envie de tout brûler ce que j’ai construit pour l’éviter, de l’arroser du gaz de mes pensées et d’utiliser l’allumette de la confrontation pour embraser notre relation. D’un autre côté, le feu en moi m’amène à vouloir brûler la chandelle par les deux bouts parce ma mèche est courte et je cuit de penser qu’elle s’est munie d’un pare-feu pour m’oublier. Me voilà à calciner, incapable de m’éteindre d’elle, bûche en crémation dans son existence, mais qui continue pourtant de crépiter au rythme d’un battement de cœur en gyrophares. Plutôt que de cesser, je me lance-flamme, volcan qui ne s’arrête pas de couler, implosion d’un magma infini, d’une lave dont la brillance est aussi chaude pour l’être que les promesses de « pour la vie ». Par contre, alors que je me croyais mort de l’intérieur, cendrier de finalités, il y a au moins une lueur en moi : je suis une torche humaine qui scintille d’aimer.