Jour 39 – Être dans son élément (4 de 4)

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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La terre est synonyme de naissance et de mort à la fois. Alors qu’elle est le point de départ de la flore, elle représente pour l’être humain l’endroit du repos éternel. C’est dans ce paradoxe dans sa fonction qu’elle se définit alors qu’elle est signe de positif et négatif en même temps. Antonyme, elle s’offre à la pousse comme elle enfouit ce qui n’est plus. Or, même si l’on y enterre ce qui trépasse, elle est aussi la base de l’homme, ce sur quoi il s’appuie jour après jour pour avancer. Épaisse, elle solidifie le pas, comme si la confiance de la démarche passe par sa présence. Par contre, elle se fait elle-même jouer le tour de sa propre mission alors qu’on la camoufle sous l’asphalte, mais encore une fois, elle n’en fait pas de cas et s’acquitte de sa tâche de soutien, ne faisant aucune discrimination de ce qui la piétine, compact et solidaire en tout temps.

Il en va de même du sentiment amoureux. Il est celui qui nous tient debout, sur lequel on tombe souvent, mais qui arrête notre chute de par sa présence constante dans les relations florales, celles qui ne cessent de grandir et qui ne se coupent pas. Parce qu’il n’est pas exclusif à la relation amoureuse, il est le roc de la famille et l’amitié, racines inconditionnelles des fleurs éternelles, fondations qui ne bougent qu’en cas de tremblements d’êtres chers, séismes à la lourde gravité, celle qui traverse le sol de l’acquis et qui dérange le noyau central de ce qui doit rester, mais il n’y a pas plus naturel comme catastrophe que de se pelleter la chicane. Par contre, ce qui a été creusé finit toujours par se remplir, par sécher de ce qui l’a arrosé et fleurit encore plus fort quand le soleil revient pour réchauffer le craquelé d’une secousse terminée. Sismique, on se déstabilise pour mieux aller, sachant quelle digue approfondir, s’assurant toujours d’être là comme appui, mais tremblotant quand le besoin de secouer les marcheurs autour de nous se fait sentir. Les dégâts sont minimes et comme il vaut mieux prévenir que guérir, on se régénère l’épicentre et on répare les pots cassés plutôt que de s’enterrer vivant dans le trou de la perte de notre agriculture personnelle. Parce que les relations se cultivent et qu’il faut de l’engrais pour récolter les fruits de celles-ci.

Et il n’est pas question pour moi de me pousser 6 pieds sous terre. C’est donc pourquoi j’essaie de moins me labourer le moral, de me mettre en jachère pour éviter que l’échelle de Richter, indice du support des cultivateurs qui m’entourent, indique que ça ne tremble pas. Même si ça brasse sur mon territoire, je me sais encore cultivable et tant que ma Terre est ronde, il n’y a pas lieu d’en faire tout un plat. Galilée a raison parce que mon cercle n’est pas plate et que malgré mon départ imminent du lopin que nous avions entretenu à deux, je reste une vigne en continuelle expansion, qui veut reprendre sa place dans la grande serre de sa vie parce que même si notre relation est à l’eau, je sens un feu nouveau en moi qui me ramène les deux pieds sur terre, mais le vent dans les voiles.