Jour 40 – Ma nature, morte

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Tout est une question de perspective. Peu importe la situation, plusieurs possibilités s’offrent à nous quand vient le temps de l’analyser, de la juger et de la comprendre. Il ne suffit que de se positionner selon un choix conscient ou de simplement réaliser sous quel angle nous percevons ce qui se présente à nous. Parce que rien n’est blanc ou noir, chaque instant de la vie est un gris qui se décuple en plusieurs teintes, dans une palette de subtilités et de nuances, dans une complexité de raisons et de réactions et nous devenons les peintres du moment présent quand vient le temps de vivre nos toiles respectives et communes. La vie est une galerie d’art où nous sommes tous accrochés, interreliés, chacun dans son canevas individuel, mais partie d’un chef d’œuvre collectif bien plus grand que soi. Dans une courte-pointe d’humanité, nous sommes exposés les un aux autres, à la fois artiste qui se peint ou qui colore autour de lui, que spectateur qui assiste à ce qui se crée chez ce qui l’entoure. On essaie tous de se sortir du gris de la vie, on s’injecte de la couleur dans l’espoir que la monotonie se multichrome, mais il y a de ses périodes sombres où l’on sait que notre dessein est une couleur froide qui ne se mélange pas. C’est ce qui s’en vient pour moi puisque je sais que l’exposition de demain en est une où je ne présenterai que des toiles blanches. On me force à y enlever toute forme d’art puisqu’il vaut mieux recommencer quand le tableau est surchargé, quand il y a une collaboration qui ne fonctionne plus et que l’un des artistes ne veut plus se dessiner à deux. Évidemment que je suis conscient qu’il existe plusieurs courants artistiques, mais je suis un peintre de l’équipe qui se retrouve seul à broyer du noir.

Tout est une question de perspective, mais les émotions altèrent ce qui peut être rationnel ou factuel. J’ai l’esprit dans l’illusion d’optique du ressenti parce que plus je m’approche du dépouillement et plus je me vois disparaître de l’endroit où je me rends. C’est comme si l’idée de m’effacer d’un monde que j’ai construit m’enlève tout forme de présence dans l’univers qui contient le monde en question. Les kilomètres s’amoindrissent, mais ma visualisation des moments à venir se brouille puisque je n’aurai bientôt plus rien pour appuyer mon imagination alors que je n’ai plus de chevalet qui me soit désormais familier. Il y a les souvenirs d’une lumière éteinte qui obscurcissent ma façon de me voir dans ce qui n’est qu’une noirceur depuis que je ne suis plus en surexposition sur cette ville où il fait maintenant toujours nuit. Elle m’a éteint et je me suis rallumé ailleurs, mais j’ai envie d’éclairer partout sans complexe. C’est comme si je ne suis que l’ampoule d’un endroit, incapable d’en illuminer deux à la fois.

Peu importe où je me trouve, l’important, c’est d’être nuancé et d’avoir la force d’être juste assez coloré, assez lumineux pour arriver à y exister.