Jour 45 – 2MichaëlBédard8

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
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Il y a une corrélation existante entre le regard et l’âme. On dit qu’il est le reflet de celle-ci, que les yeux en sont son miroir et peu importe les termes utilisés, force est d’admettre que c’est la vérité. Que peu importe qui se trouve devant nous, il est possible d’accéder à la profondeur de cette personne en plongeant son regard dans celui de son interlocuteur. Qu’il est difficile de faire taire ce que les yeux ont à dire, d’enfouir ce qu’ils ont à raconter, de cacher ce qu’ils révèlent. Or, j’estime que l’exercice se prête aussi aux photographies, qu’il est possible de prendre une photo et d’avoir accès aux états d’âme de celui qui est ou a été le sujet du cliché en question, qu’il soit récent ou non. Ainsi, voici le portrait qu’elle avait tiré de moi tout juste après minuit alors qu’elle était venue me surprendre dans les premières minutes de ma vingt-septième année. Voici mon regard il y a un an.

Dans ces yeux, je vois l’amour.

Dans ces yeux, je vois l’amour qui se pose sur ce qui se trouve devant soi.

Dans ces yeux, je vois la naïveté de croire que l’amour allait toujours se poser sur celle qui se trouvait devant.

Dans ces yeux, je vois que le doute et la peur n’existent pas quand elle se trouve devant.

Dans ces yeux, je vois l’impossibilité qu’un jour, elle ne se trouve plus devant.

Dans ces yeux, je vois le sentiment d’avoir trouvé.

Dans ces yeux, je vois le sentiment de se sentir chanceux d’avoir trouvé.

Dans ces yeux, je vois le sentiment de se sentir chanceux d’avoir trouvé celle qui se trouve devant.

Dans ces yeux, je vois la volonté de garder celle qui a été trouvé.

Dans ces yeux, je vois la détermination de ne pas laisser aller celle qui se trouve devant.

Dans ces yeux, je vois les plans pour le futur avec celle qui se trouvera toujours devant.

Dans ces yeux, je vois la confiance de les voir se réaliser parce qu’elle se trouve devant.

Dans ces yeux, je vois la confiance en celle qui se trouve devant.

Dans ces yeux, je vois la confiance en ce « nous » formé avec celle qui se trouve devant.

Dans ces yeux, je vois l’indestructibilité du « nous ».

Dans ces yeux, je vois le « nous »

Dans ces yeux, je vois la connexion.

Dans ces yeux, je vois qu’il n’y a pas que soi.

Dans ces yeux, je vois le reflet de l’autre.

Dans ces yeux, je vois ce qui se trouve devant.

Dans ces yeux, je vois la possibilité d’y toucher.

Dans ces yeux, je vois l’envie d’y toucher.

Dans ces yeux, je vois que le touché n’est pas que physique.

Dans ces yeux, je vois qu’il est constant.

Dans ces yeux, je la vois.

Dans ces yeux, je la vois, elle est là.

Dans ces yeux, elle est encore là.

Un an plus tard, il n’y a plus rien. Il n’y a plus rien qui existe. Il n’y a plus rien que ces yeux peuvent voir du même œil. La vie a changé et le regard aussi. Un an plus tard, ça reste un anniversaire. Un an plus tard, la vie a changé, le regard aussi, mais les anniversaires ne changent pas. Ils sont là, peu importe ce qui s’est passé entre les deux, dans un relais du temps et me voilà à devoir avoir un regard différent parce qu’à 28 ans, je ne vois pas plus loin qu’à 27. Presque aveugle, j’ai une vision différente qui ne voit plus vraiment, mais qui ressent. Voici mon regard maintenant.

Dans mes yeux, je sens que l’amour n’est pas ce que je vois.

Dans mes yeux, je sens que l’amour n’existe pas comme ce que je vois.

Dans mes yeux, je sens que j’ai été naïf et que l’amour ne se pose pas pour toujours.

Dans mes yeux, je sens que l’amour passe inévitablement par le doute et la peur.

Dans mes yeux, je sens la possibilité que les gens se retrouvent un jour ou l’autre derrière.

Dans mes yeux, je sens que ce qui se trouve se perd.

Dans mes yeux, je sens qu’il n’y a pas de chance dans l’idée de trouver pour mieux perdre.

Dans mes yeux, je sens que je n’ai pas eu de chance, que je l’ai trouvé, mais que je l’ai perdue.

Dans mes yeux, je sens qu’il n’y a pas volonté assez forte pour garder ce qui doit être perdu.

Dans mes yeux, je sens que la détermination n’a pas d’incidence sur ce qui veut partir.

Dans mes yeux, je sens que le futur est du domaine du constant incertain, mais qu’il est certain de ne pas passer par elle.

Dans mes yeux, je sens que je n’ai plus confiance en personne d’autre que le destin.

Dans mes yeux, je sens qu’elle n’a rien du destin, donc que je n’ai plus confiance.

Dans mes yeux, je sens qu’il est impossible d’avoir confiance en ce qui n’existe plus.

Dans mes yeux, je sens qu’il n’y a que le « je » qui ne se détruit pas.

Dans mes yeux, je sens qu’il n’y a que le « je ».

Dans mes yeux, je sens que même les connexions peuvent mourir.

Dans mes yeux, je sens que c’est chacun pour soi.

Dans mes yeux, je sens que dans l’amour, il n’y a comme reflet que celui de l’amour propre.

Dans mes yeux, je sens que ce qui se trouve devant moi n’est que la possibilité d’avancer.

Dans mes yeux, je sens qu’elle n’est plus à ma portée depuis déjà longtemps.

Dans mes yeux, je sens que l’envie qu’elle le soit n’y est plus depuis peu.

Dans mes yeux, je sens qu’il n’y a plus rien.

Dans mes yeux, je sens que c’est dans ce rien généralisé que se trouve la constante.

Dans mes yeux, je la sens.

Dans mes yeux, je la sens encore.

Dans mes yeux, je la sens de moins en moins.

Dans mes yeux, il n’y aura bientôt que moi.