Jour 46 – Gagnant à vie

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Les festivités sont terminées, les confettis ont à peine eu le temps de toucher le sol que l’année 28 est déjà commencée. Les souhaits et les chants résonnent encore, mais 27 est parti aussi rapidement que l’amour a déguerpi. Comme l’anniversaire, hier, est mort aussi vite qu’il est né, je m’éveille en pleine naissance d’aujourd’hui qui file lui aussi. Autant il reste encore du gâteau au frigo que je sens que je me réveillerai demain et que j’aurai 29 ans. Ensuite 30. Suivront 31, 32 et 33 et sans s’en rendre compte, la mort. Parce qu’en vieillissant, chaque jour devient une année tellement le temps passe vite. Parce que les attentes sont déjà plus courtes et ce qui était long l’est de moins en moins. Vieillir, c’est accepter cet étrange phénomène, celui qu’on entend plus jeune, mais qu’on ne croit pas, qu’on pense provenir de la non-acceptation des plus vieux à laisser ce qui se retrouve maintenant derrière eux. Quand arrive notre tour, quand on ouvre les yeux à 28 ans alors qu’hier encore, nous n’étions ce que regrettait d’avoir perdu le regretté lui-même, nous pleurons cette jeunesse, fringante, qui s’échappe comme la minute écoule les secondes et les années abandonnent les heures.

Comme ces dernières, on s’avance, mais pour mieux se reculer parce qu’on s’enrichit en jours, mais le reste souvent s’appauvrit. Plus les rides prennent de la place, plus la perte gagne et quand l’on a assez vieillit, c’est que l’on est prêt à perdre la vie. Parce qu’elle est une loterie dont on ne contrôle rien, mais où la faillite est inévitable, sous la forme d’une date d’expiration, une péremption où nous, pauvres joueurs, ne pouvons en sortir vainqueurs. Jeunes et vieux se doivent de jouer, avec de moins en moins de jetons, mais on s’achète avec divers moyens des années supplémentaires. Je me sais encore bien nanti, avec encore devant moi beaucoup de gains, mais chaque saison qui passe est une carte de moins. À 28 ans, j’ai encore la main heureuse, mais le casino surveille le Jeu et qui l’emporte aujourd’hui peut être emporté demain. Parce que je ne peux prédire qui s’assoira à la table avec moi, si c’est un ami, un allié ou la Faucheuse déguisée. Donc, je me contente de miser que 28 ans sera une belle année et que dans un an, j’aurai encore le privilège de jouer.