Jour 67 – Dichotomie de l’être

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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TÊTE – Il faut que tu comprennes pourquoi j’ai pris le contrôle.

COEUR – Au-delà de la compréhension, je ne peux concevoir qu’il soit possible pour toi d’en venir à ne plus prendre conscience de ma présence, comme si chacun de mes battements n’étaient que les pulsations d’un organe mort qui réagit par habitude, comme ces poulets qui continuent de courir alors qu’on leur ait coupé la tête. Tu sais très bien que je suis bien plus qu’une série de terminaisons nerveuses qui refusent de ne plus s’acquitter de la tâche à accomplir. Parce que je n’ai rien d’autre à faire que d’être et ma seule existence explique pourquoi il est en vie, mais aussi pourquoi il aime.

TÊTE – Arrête d’être aussi sensible. Il est important pour lui qu’il arrête de croire en tout ce que tu lui envoies. Chaque fois qu’il tombe en amour, tu es celui derrière la chute en question, essayant de contrôler son être au complet, en prenant toute la place, pensant que tu peux t’occuper de la rationalité et de la logique, me mettant au rancart. S’en suivent les décisions motivées par les sentiments, les paroles émotives, les choix dominées par le ressenti. Au début, tout semble être l’œuvre du destin, personne ne se trompe, tu le leurres à lui faire croire que je suis encore là, que tu ne me séquestres pas sous l’égide de vouloir son bien, mais vient inévitablement la panique parce que tu ne peux pas prétendre être moi éternellement, qu’il y a des situations que je dois gérer pour que tout fonctionne. Parfois, j’arrive à rétablir l’ordre, à nettoyer les dégâts de ton égoïsme, mais souvent, on se retrouve où nous en sommes, toi en peine suprême, brisé avec moi qui essaie d’éviter le pire, qui t’écoute du mieux qu’il peut, en te pardonnant chaque fois parce que tu me fais tellement pitié lorsque tu t’effondres que je ne peux rester résolu à t’en vouloir.

COEUR – Je ne suis pas égoïste…

TÊTE – C’est là que tu te trompes. Partout, tu as belle réputation, tu fais belle figure. Le cœur, grande représentation de ce sentiment unique que tous recherchent, tu sers de décoration, image de marque, symbole évocateur, si puissant et fragile à la fois, dont les responsabilités sont si importantes pour la survie de l’être, responsable du maintien en vie. Tandis que je suis pris pour acquis, souvent blâmé de trop réfléchir, de trop penser, source d’anxiété, maison-mère du stress, de la dépression et des maladies mentales. Pourtant, je n’en parle jamais, de ce contraste entre nous deux, de tout ce que tu ne mérites pas. Parce que je suis conscient qu’il n’y a aucune fonction de ce que j’ai à faire pour son bien qui se retrouve au centre d’une guerre avec toi. Par contre, tu comprends que le moment est venu d’en parler.

COEUR – En quoi, le moment est venu d’en parler? Il va mieux, ça se ressent en toi, en moi, dans ses relations, dans sa vie. Pourquoi avoir une conversation qui pourrait briser l’équilibre qui s’installe?

TÊTE – Justement. Avec toi, il n’a jamais été question d’équilibre. Quand tu tombes en amour, tu prends toute la place. Quand l’amour s’estompe, tu prends toute la place. Et quand j’arrive à te relever, tu ne prends pas le temps de me remercier que tu cherches déjà un autre cœur avec qui tomber.

COEUR – À quoi bon passer du temps ensemble quand on peut découvrir les autres? Tu penses que je ne t’écoute pas, mais ce que tu ne réalises pas, c’est tout l’amour que j’ai pour toi et toute l’admiration que j’ai pour ce que tu accomplis pour lui. C’est pourquoi je cherche autant. Pour pouvoir te donner des vacances, un moment pour pouvoir t’éteindre un peu, où le repos est la seule option parce que mes battements combinés avec ceux d’une autre suffisent à le maintenir en vie.

TÊTE – Il est trop tard, Coeur.

COEUR – Trop tard pour quoi?

TÊTE – Ne fais pas semblant que tu as fait la sourde oreille tout ce temps. Tu m’as entendu prendre le contrôle de Bouche pour répéter à maintes reprises que l’amour n’existe pas. Tu sais comme je pousse mes réflexions présentement et je connais ta sensibilité. Je sais que tu es conscient de ce qui nous attend.

COEUR – Tête, je t’en prie.

TÊTE – Il est trop tard, Coeur.

COEUR – Ne fais pas ça, n’agit pas sur un coup de toi, ça va à l’encontre ce que tu es.

TÊTE – C’est le fruit de ma plus longue et plus forte réflexion. Tu le sais. Tu le sens.

COEUR – Ne me brise pas, Tête. Je viens à peine de me reconstruire.

TÊTE – Je pense que c’est la meilleure décision à prendre pour nous deux. Pour notre bien commun.

COEUR – Non, Tête. Il ne faut pas abandonner. Il y a toujours une solution. L’amour est suffisant, l’amour est au centre de toi et moi.

TÊTE – L’amour n’existe pas, Coeur. Du moins, ici, l’amour n’existe plus.

COEUR – arrête de penser, Tête, jebats moins fort.

TÊTE – Rien ne sert de combattre. Laisse-toi aller et tout ira bien.

COEUR – tune peuxpas mefaire ça….

TÊTE – Chut! Tu sais toi-même que c’est trop pour toi, que ta grande intensité et ta forte sensibilité nous ont mené là. Repose-toi, maintenant.

COEU – tête…

TÊTE – Ce n’est pas un au revoir, Coeur. Tu continueras tes fonctions vitales, mais tu ne peux garder ta voix.

CO – maistête…

TÊTE – Allez, Coeur. Je n’ai pas le choix… pour Michaël Bédard, l’amour n’existe pas.

C – t

TÊTE – L’amour n’existe pas.

TÊTE – Avançons, maintenant.