Jour 69 – Classique Gaby Bédard

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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L’espèce animale n’est pas la plus invitante quand il est question de son habitat naturel. Bien que les chasseurs s’y soient imposés et continuent de le faire lorsqu’ils trouvent des parcelles de terre encore inhabitées par l’être humain, les animaux sont avares quand vient le temps de cohabiter avec ceux qui le décident à leur place. Il s’en suit des guerres de pouvoir territoriales entre deux adversaires aux forces inégales, mais l’arme la plus puissante dont l’animal ne bénéficie pas, c’est le pouvoir de persuasion de l’humain. C’est dans cette manipulation que l’on appelle « apprivoiser » que se cache l’explication au résultat commun de toutes les batailles perdues par le règne animal. La tactique est simple : faire miroiter ce que l’on possède et que l’autre désire. Ensuite, attendre patiemment qu’ils flanchent à l’envie, qu’ils laissent leurs pulsions animales prendre le dessus parce que les bêtes qui ont le sang chaud préfèrent se brûler pour ce qu’ils veulent que d’utiliser leur cerveau pour se protéger des ennemis qui les traquent. C’est ce qui distingue les survivants de ceux qui périssent, cette intelligence dans la capacité de retenue, cette différence entre le prédateur qui perdure et la proie en voie d’extinction. Parfois, il peut arriver que les rôles s’inversent, mais on sait très vite si nous sommes dans le camp des carnivores ou des dévorés.

Avec cette volonté de tout me réapproprier vient des réflexions qui deviennent des constatations. Celle d’aujourd’hui, en lien avec cette invitation à venir fouler ma terre lancée aux plus près de ma personne, me rappelle toute l’animalité que j’ai eu à me laisser berner par ta venue. Que j’aie accepté de te laisser entrer en moi peut s’accepter plus facilement que toutes ses traces qui salissent ma tanière. Maintenant que je t’ai fait sortir de ma grotte, je ne peux pas hiberner parce que mes réveils sont fréquents comme lorsque je réalise qu’il y a encore de ta poudre à canon sur cet événement dont sera l’hôte mon antre aujourd’hui, ce qui me fait rugir de t’avoir donné accès à ma banquise. Les preuves sont là que nous y avons flotté ensemble, mais comme Boucles d’Or, tu es partie après avoir tout mangé de ce que je suis et maintenant que je me permets le gruau à nouveau, la crainte qu’il goûte toi me donne envie de vomir. Reste qu’il est aujourd’hui impossible que je me laisse mourir de faim. Mes griffes sont sorties, ma fourrure bien dressée et je me prépare à rugir pour le décédé. Même si tu m’as vu triomphé l’été dernier, je te chasse de ma maison où il n’y a ni chaise, ni bol pour la fillette que tu es. Parce que je me suis endormi de toi et qu’un grizzly qui a dormi n’oublie peut-être pas, mais il demeure un ours qui se réveille et qui veut manger… gagner.