Jour 70 – Tout est à moi

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Dans cette perpétuelle volonté de réappropriation qui m’anime depuis quelques jours, tous les moyens m’apparaissent nécessaires pour m’appartenir au complet à nouveau. Comme si chaque rituel possible est à considérer pour qu’il n’y ait plus une once de moi qui lui soit destinée. Tout ce qui a été dit ou fait dans notre passé commun ne peut être vécu différemment une autre fois, complètement oublié ou retiré, mais il y a dans la répétition sans elle une forme d’effacement de sa personne. Chaque dernière fois ne doit pas la concerner. C’est en lui enlevant toute originalité que son passage dans ma vie sera synonyme de banalité. Ainsi, toutes les façons d’exorciser l’unicité de ce que nous avons été ensemble me viennent en tête et il n’en tient qu’à moi de les appliquer. Parmi les avenues explorées, il y a l’anéantissement du résultat de mon intense romantisme, c’est-à-dire les haïkus que je lui avais écrit pour souligner l’un des anniversaires de notre union, que je m’adresse cette fois pour transférer l’amour que je peux encore lui porter sur ma personne. Ce que tu ne savais pas, c’est que 365 jours de peine d’amour peut prendre n’importe quelle forme, dont celle de l’auteur qui se compose 24 haïkus pour essayer de guérir. Considère toi prévenu.

Le laissé pour compte,

Michaël Bédard en peine,

Celui qui raconte.

 

Elle vient de partir,

Sans aucune réaction,

Se laisse mourir.

 

Quelqu’un d’autre est là,

Avoir été remplacé,

Elle ne m’aime pas.

 

Remonter la pente

N’avoir besoin que de soi,

L’agonie est lente.

 

Tout vouloir écrire,

Constater les suicidés,

Éviter le pire.

 

L’ange de l’amour,

Dévoré par les démons,

Ceux qui jouent des tours.

 

Froissé comme la taule,

Vomir la douleur en jet,

Échange de rôles.

 

Ne pas voir venir,

S’effondre la stratosphère,

La terre se déchire.

 

Octobre noirceur,

Être le chat sous l’échelle,

Ne pas avoir peur.

 

Rupture incurable,

Le rire comme remède,

Mon état est stable.

 

Anniversaire seul,

Surprise, tu n’es pas mort,

Ils m’aiment, me veulent.

 

Croatie hier,

Complicité retrouvée,

La perdre, s’y faire.

 

Couper tous les ponts,

La disparue de partout,

Fin de relation.

 

Les flaques, peu fières,

Imbibé de tout sauf elle,

Noyé sans frontière.

 

L’esprit qui se brouille,

Lucidité disparue,

Je reste bredouille.

 

La fin du tunnel,

La guérison en chantier,

Les cœurs doux, miels.

 

Devoir s’effacer,

L’indélébile amoureux,

Tenace, frotter.

 

Tout goûte moins bon,

Anorexie des sentiments,

Aigri, mon cœur fond.

 

Et tout se boit mieux,

Alcoolisme qui compense,

Il se sait trop vieux.

 

Les questions qui fusent,

Sans réponses pour répondre,

Les procédés s’usent.

 

Les mots tournevis,

Comment s’auto-opérer,

Tentant est le vice.

 

Usine à syllabes,

Faire l’amour avec sa prose,

En être capable.

 

Les citrouilles en panne,

Métamorphose en sapin,

Ma peine se tanne.

 

Haïkus enlevés,

Plus rien de moi n’est à toi,

C’est fini, t’aimer.