Jour 101 – Apprendre la trahison

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Ce n’est écrit nulle part dans la Bible, mais même les plus grands Saints en viennent à mourir. Devant l’aveuglement de notre dévouement à s’assurer qu’ils nous voient, mais surtout qu’ils nous reconnaissent dans l’ampleur de notre abnégation, on oublie qu’ils sont faillibles parce qu’il n’y a rien de plus divin que l’humain qui manipule bien. Les yeux fermés, c’est nous qui sommes cloués à la croix de notre allégeance, en transe, à attendre un pardon qui est supposé venir de soi, mais qui, comme notre don de foi, est pourtant consacré à ce qui n’existe pas. Parce que les mensonges font un temps, mais que tout finit par se savoir, la vérité, seule divinité, triomphe des adultères inavouées. Le Nouveau-Testament en cendres, je me rends compte que l’Ancien brûle encore, que je n’ai pas eu d’amour sain, l’infidélité étant au sein de tout ce en quoi j’ai cru : Jésus et Satan se sont toujours tenus main dans la main. Dans la relation incestueuse entre le bien et le mal se cache le juste milieu, l’injustice comme verset premier puisque rien n’est égal, mais c’est le secret le mieux gardé que le huitième péché est Dieu lui-même. Le paradis est un yacht, l’enfer est la mer et il est capital pour Notre Père de tous nous garder sous l’eau : nous sommes les poissons qu’il a tant de plaisir à repêcher. En banc de saumon, on se contente d’attendre notre tour parce qu’à défaut d’être aimés sur terre à notre juste valeur, aussi bien espérer lui servir de caviar, lui qui nous consomme sans nous faire cuire, se contentant de nous faire croire.

Floué par la relation bouée, le phare dont la position ne trahit pas, je me laisse maintenant couler, noyé dans les aveux qu’il n’y a pas de lumière aphrodite, que je suis le Titanic, condamné à me heurter la carcasse contre les glaciers féminins, icebergs qui restent de glace, incapable de se fondre la carapace pour être vraies. Parce que je croyais être arrivé à bon port il y a longtemps déjà, là d’où j’avais dû repartir par ma faute, mais il est maintenant su que je navigue sur le Styx et qu’il n’y a rien d’autre qui existe que ma malédiction. Voguant entre ce que je veux et ne veux plus, je suis athée le jour et croyant la nuit, flanchant aux griffes de Vénus quand j’ai besoin d’une messe noire du bas ventre, prêt à vendre mon âme à la plus offrante, en proies aux cauchemars de finir seul dans mon agnosticisme. Il n’y a rien de mal à se prostituer pour les ténèbres parce que l’on m’a expié hier; le sexe avec autrui a jadis prédominé sur l’union en ma compagnie, donc me voilà châtié des années plus tard pour ce que j’avais moi-même commis.

Crucifié il y a longtemps déjà, j’enlève le blâme d’épines dont l’on m’avait couronné et les plaies de culpabilité sur mes paumes se referment, guéries de constater qu’il n’y a pas qu’un seul messie à avoir trompé, que nous sommes tous deux les élus, fils et fille d’une relation déçue, d’une religion déchue, mais où j’ai été le premier à me confesser, démon pieux, pour ensuite recevoir le sermon de la défection, impie d’avoir trahi. Dévot piteux, j’ai invoqué des prières en repentance sans me douter que le presbytère était corrompu, là où l’on faisait avec d’autres ce qu’on ne voulait pas se faire faire. Exclu, j’ai été laissé, l’excommunié accusé d’impiété, mais voilà que l’eau se change en vin, dans le miracle de comprendre que nous sommes tous damnés : je ne suis pas un mauvais chrétien, je suis un chrétien, point.