Jour 75 – Le piège du métronome

365 jours de peine d'amour

L’âge est un baromètre important dans le jugement de l’être humain. Certaines fautes se pardonnent mieux sous l’égide de la jeunesse alors que d’autres décisions peuvent être moins bien comprises selon le niveau de vieillesse du porteur de l’impair. La maturité se suppose plus souvent qu’autrement en fonction des années passées et c’est pourquoi son contraire, l’immaturité, est utilisé à outrance pour définir des comportements que l’on juge inadéquats lorsque l’on connaît l’ancienneté du vécu de ceux à qui ils sont rattachés. Aussi, il motive à poser certains gestes selon son évolution, étant une influence suprême sur la perception que l’on a de notre existence, sur la vitesse à laquelle celle-ci devrait se dérouler, motivant certaines actions que l’on s’impose par faute de ne pas être rendu assez loin dans la période voulue.

Parce que bien malgré nous, l’humain se retrouve depuis trop longtemps conditionné dans un modèle pré-défini qu’il n’a pas le choix de suivre, sans quoi les questions de son entourage se multiplient, sans quoi sa vie se retrouve sous la loupe de la société, cette pression s’infiltrant insidieusement en lui, les questions et la loupe devenant peu à peu les outils de sa propre déroute, le poids porté sur ses épaules par les autres devenant le sien. Ainsi, étant donné que les destins ne sont pas tous pareils, l’insatisfaction de ne pas être là où la vie ne l’a pas encore amené le pousse à ne pas être en harmonie avec ce qu’il fait de ce qui lui est donné, à s’imposer d’être ailleurs que ce qu’il est et ce qu’il a. Cette panique est loin d’être l’amie des décisions réfléchies, des choix conscients et elle se veut souvent la mère de naissances avant le temps, le prêtre de mariages précipités, le diplôme de changements de carrière incertains ou l’argent d’achats impulsifs.

Quand elle m’a quitté, cette pensée m’a moi-même effleuré l’esprit. Celle que je devais, à l’âge que j’avais, être bien plus nanti dans toutes les sphères de ma vie. Ce n’est pas que je sous-estime mon vécu et mes acquis, mais simplement que tous les éléments mentionnés plus haut auraient déjà du être accomplis ou être en voie de l’être, que les pions me permettant leur réalisation devaient inévitablement être plus clairs, mieux définis, mais qu’ils se voulaient absents ou partis. Ensuite, dans la phase d’acception de la situation m’est venue une forme de soulagement, ce sentiment incandescent d’être au bon endroit, que même si rien ne m’indique que j’aurai ce que je veux dans l’immédiat ou le bientôt, que je suis là où je dois être et que le reste est à venir. Et que c’est dans cet avenir-là que se situe tout ce que j’ai toujours désiré, qu’il m’attend patiemment, mais que je ne dois pas le précipiter, que je dois l’attendre aussi, que notre rencontre s’effectuera à un moment que je ne peux choisir. De cette fierté de ne pas avoir succombé à la panique, d’être là où je suis avec ce que je suis, émane l’espoir. Parce qu’avec tout ce que j’ai déjà, qu’avec tout ce qui est suffisant, de savoir qu’il y a plus qui m’attend m’amène à espérer qu’il y ait l’amour là-dedans. Parce qu’avec l’âge vient moins de panique et que ce n’est qu’en paniquant, immature, qu’on peut en venir à croire que l’amour n’existe plus.