Jour 77 – The Secret Project

365 jours de peine d'amour

Un miracle est un phénomène qui survient à la toute dernière seconde, quand l’obscurité ingurgite la lumière, quand toutes les issues ont disparu, quand même l’espoir désespère, quand sa venue semble impossible. Cette brèche impensable, intervention divine contre toute attente, se présente comme un cadeau du ciel, comme un résultat du destin omniscient, une protection ultime, berger des hasards, octroyant une chance exceptionnelle à ce qui était voué à ne pas la recevoir. Prenant toutes les formes comme l’amour sait aussi le faire, se déployant dans sa métamorphose la plus récente, il se dépose dans une douceur contraire à son impact, comme s’il ne relevait pas du plus puissant, dans une humilité presque arrogante, dans l’incroyable de sa présence, dans un repos de ce qui n’attendait plus, qui ne demandait qu’à avancer et dont l’impuissance avait pris toute la place. Porteur, le miracle enveloppe, s’envole, éloignant le miraculé du sol, synonyme de l’oiseau qui ne se contente pas de ce qui le rend insatisfait, qui utilise la voie des airs pour s’offrir une occasion d’avoir droit à mieux. Le miracle est cet oiseau qui ne baisse pas les ailes, qui bat des plumes, cette réhabilitation en processus dont la guérison surprise amène à frôler les nuages, à atteindre l’intouchable, rédemption suprême de ce qui était cassé, mort.

Le réflexe idiot de tous et chacun est inévitablement d’ouvrir le téléviseur. Inutile de mentionner qu’il serait plus facile de se fier sur le visuel extérieur qu’est le dehors, dont la proximité est la même que la distance avec la télé, mais nous sommes tous un pastiche du monde lorsque ce dernier se referme sur lui-même. Ainsi, les intempéries qui forment la tempête du siècle me cloisonnent devant une chaîne météorologique standard, à la recherche des éclaircies qui tardent à illuminer ma vie parce qu’il s’avère que je suis présentement le reflet de la Terre dans le miroir de mon moral, paralysé, dans l’attente que passe la noirceur des mois plus durs comme la planète est en sursis d’une plus belle température. La différence, c’est qu’elle continue de tourner alors que les vomis de mes propres tournis ont séché depuis longtemps, empilés les uns sur les autres, preuves qu’il n’est pas possible d’expulser complètement le mal des humains. Il y a des mois que je régurgite les mots en mottons, bile syntaxique sur le tapis nordique de mon existence, à attendre le miracle, mais voilà que dehors comme à la télé, c’est un blizzard généralisé : la même durée pour mon malheur que les oiseaux ont migré. C’est à la venue de cette réflexion que le téléviseur a arrêté de fonctionner, dans une concordance prétentieuse avec ce partenariat apocalyptique entre ce que je devenais et ce sur quoi je le devenais. Peu importe où mon regard se posait, dorénavant, que ce soit à l’extérieur, devant ou en moi, c’est l’avalanche incessante qui ne cessait de m’ensevelir et c’est là que s’est dressé le sacrifice de mon existence, dans cette masse blanche en surplus sur mon cœur noir et gelé. Dans la tourmente de ce qui nous hante, c’est la peur qui nous éloigne. Plutôt que de se laisser poursuivre, il y a une solution dans l’action de se retourner et de confronter, de se rendre dans l’œil de la tempête. C’est avec cette mentalité que j’ai dévalé les escaliers sans souliers, peu vêtu, prêt à faire face à ce qui allait m’avoir pour de bon, résigné à être complètement avalé.

Et aujourd’hui, c’est en plein cœur de l’hiver, à la toute dernière seconde, qu’un oiseau s’est posé sur mon épaule.