Jour 79 – Eighth Grade

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Michaël Bédard
Michaël Bédard

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La vie n’est pas qu’une période qui définit l’existence de l’être humain. Présente sous plusieurs formes, elle est aussi l’état d’activité de plusieurs de ces concepts déjà abordés qui se veulent difficiles à expliquer. À juste titre, tel qu’observé à de multiples reprises par toi et moi, l’amour lui-même est vivant. Un peu comme l’humain, il est conçu lors de la première rencontre, est en gestation pendant un temps et naît à un moment précis où les nouveaux amoureux deviennent garants de sa sécurité, de la protection de ce qui est aussi fragile que le nouveau-né. Ce sentiment grandit jusqu’à ce qu’il n’en reste plus rien, que ce soit parce qu’il s’est suicidé ou parce que l’un de ces deux parents a trépassé. Encore là, comme il est impossible de savoir avec certitude s’il y a continuité après ce que l’on connaît de la vie, il faut supposer que l’amour s’arrête au même instant qu’elle. Il pourrait ensuite être facile de croire que la seule exception à cette omniprésence vitale est la mort, mais comme nous ne savons pas ce qu’elle comporte, nous ne pouvons que nous contenter d’affirmer que lorsqu’elle survient, il y a naissance du décès. D’ailleurs, cette vitalité se sous-divise dans tout ce qu’elle engendre, présente dans les répercussions de ce qu’elle occasionne, étant parfois la raison de la conséquence comme de la cause. L’exemple de la mort en est probant puisqu’elle enfante le deuil dont les étapes ne sont pas sans rappeler le parcours de la vie.

Le mien n’y fait pas exception. Quand elle est partie et que l’amour est mort, ce chemin d’endeuillé dont j’allais avoir la garde complète a poussé ses premiers pleurs. Il s’en est suivi cette enfance difficile où mon rôle d’adulte responsable ne me seyait pas, étant mentalement incapable de m’occuper de moi-même. Ensuite, il est venu le temps où il était assez grand pour s’élever lui-même, où l’apprentissage était commun, où régnait même un partage sentimental qui ajoutait des outils à nos intelligences émotionnelles respectives. Dans cette période gît ce leurre que tout restera toujours parfait, que le pire est derrière nous et où l’on songe déjà au moment où le sentiment de perte quittera la maison pour poursuivre sa vie à lui, revenant nous voir lors d’occasions spéciales. Par contre, on ne réalise pas à quel point ces visites tragiques sont encore loin, à quel point la majorité du déchirement que l’on a mis au monde est programmée dans longtemps, que le danger qui s’en vient est pire que l’enfant calamité précédemment affronté.

C’est où j’en suis. Aujourd’hui est l’anniversaire de mon deuil devenu adolescent. Il y a déjà 3 mois, il venait de se former, jeune embryon de ce qui allait bientôt se terminer et le voilà maintenant qui m’attaque de sa puberté, dans toute l’acné et la pilosité de son anxiété. Ce que je pensais connaître se transforme pour mieux me mettre à l’épreuve, dans cette arrogance de ce qui pense avoir tout vécu, avec qui il est impossible d’argumenter. Comme il vit en moi, il m’apparaît invraisemblable de le punir puisque c’est lui qui le fait depuis le début, châtiment de la mort, sa mère, avec qui j’ai une union trouble depuis l’accouchement. En instance de divorce avec les circonstances liées à sa naissance, je rêve souvent d’une vie où je n’ai pas fondé de famille, où je n’ai pas à ma charge un deuil qui est le résultat d’un aventure d’une conversation avec la mort, infidélité finale que je n’ai jamais aimé.

Il ne me reste qu’à traverser son adolescence, qu’à l’éduquer pour qu’il devienne une bonne période. Ainsi, plus vite il se trouvera du travail ailleurs et plus vite il quittera ma demeure. Au moins, grâce à la mort, il est vivant et tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, donc à défaut de pouvoir vivre de par sa présence, aussi bien espérer son départ.