Jour 80 – Les premières fois

365 jours de peine d'amour

La nouveauté est souvent synonyme d’inattendu parce qu’elle relève de l’inconnu. Lorsqu’elle survient, elle est considérée comme une surprise, un élément qui force une réaction à l’improviste. De ses réactions aux premières fois émergent des tendances qui permettent de mieux comprendre le comportement des gens impliqués dans les moments en question. Ces tendances, quant à elles, dictent ce qui peut advenir lorsque la deuxième fois survient parce que l’échantillon de toutes les premières fois d’un individu aide à le rendre quelque peu prévisible, qu’il soit dans une situation banale comme d’urgence. Avec l’expérience, il est possible de soi-même se décortiquer, de soi-même s’analyser question de mieux saisir sa personnalité pour ensuite tenter de corriger ce que nous sommes et les premières fois ont un immense rôle à jouer dans la démarche. De mon côté, le diagnostic que je retire de l’exercice est clair quant à qui je suis en matière de relations amoureuses. Pour le prouver, voici quelques-unes de mes réactions lors de mes premières expérimentations au pays de Cupidon :

  • À 5 ans, la première fois que je suis tombé amoureux, à l’école, j’ai pleuré en arrivant à la maison parce que le sentiment était trop fort.

  • À 7 ans, la première fois que j’ai désiré une femme dans une revue, je l’ai caché quelque part de complexe dans la maison. Pour m’assurer de pouvoir retrouver la dite revue, en cas d’oubli, j’ai aussi dissimulé un peu partout des papiers se reliant les uns aux autres et menant à l’objet de mes envies, à l’image d’une chasse au trésor.

  • À 8 ans, la première fois que je me suis masturbé, mais surtout la première fois où j’ai atteint l’orgasme, j’ai pensé que j’allais m’évanouir tellement la réaction de la jouissance sur mon corps était puissante.

  • À 10 ans, la première fois que je suis tombé amoureux d’une vedette de la télévision, j’ai fait imprimer des photos d’elle en noir et blanc derrière lesquels j’ai écrit mes premiers poèmes d’amour. Ma gardienne m’a convaincu de ne pas essayer de lui envoyer.

  • À 11 ans, la première fois que je me suis mis en couple avec une pure inconnue rencontrée quelques heures avant, sur un forum Caramail, j’ai éprouvé des difficultés à dormir parce que je pensais à comment j’allais faire pour réussir à faire fonctionner la relation.

  • À 11 ans et demi, la première fois que j’ai dormi dans une tente près d’une fille de la Beauce avec qui je correspondais chaque jour depuis 1 an et demi et de laquelle j’étais tombé amoureux… En fait, je n’ai pas dormi, paniqué de savoir le moment éphémère.

  • À 12 ans, la première fois que j’ai acheté un cadeau de Saint-Valentin à la nouvelle copine que je venais de me faire à l’école, elle m’a laissé deux jours plus tard parce que c’était trop pour elle.

  • À 15 ans, la première fois que j’ai eu un rendez-vous galant au cinéma avec une fille qui m’avait avoué qu’elle s’intéressait à moi, je n’y suis pas allé parce que j’étais trop nerveux. Ma mère a dû me forcer à sortir de ma chambre pour aller m’excuser à la pauvre fille qui est venue jusqu’à chez moi pour savoir ce qui se passait.

  • Deux semaines plus tard, la première fois que j’ai pris la fille en question, devenue ma première copine, dans mes bras tellement fort qu’elle m’a dit que je le faisais mal… Je l’ai lâché.

  • À 18 ans, la première fois que j’ai fait l’amour, j’ai eu les larmes aux yeux pendant l’entièreté du rapport parce que je réalisais l’importance de ce moment dans ma vie.

  • À 26 ans, la première fois que j’ai eu la preuve qu’il y avait quelqu’un d’autre après une rupture mutuelle, j’ai marché pendant deux heures et demies sur une route de campagne en pleurant pour éviter d’être dans un chalet avec les deux personnes concernées.

  • À 27 ans, la première fois que je me suis fait laisser, j’ai pris le serment d’écrire un texte par jour et d’enregistrer un podcast par semaine pendant un an.

De cette liste émane le constat que comme dans la vie, je suis intense en amour. Certains disent que c’est une force, d’autres une faiblesse. Parfois, j’estime que c’est ce qui mène à mes échecs amoureux, que c’est ce qui me pousse à ne plus y croire. Plus le temps avance et plus je l’accepte. Plus je pense que c’est ce qui permettra de réaliser ma vision de l’amour parce qu’il ne suffit que de trouver quelqu’un qui souffre de la même intensité et tout ce qu’il me reste à faire, c’est de l’attendre parce que l’amour regorge de premières fois. Il se termine, mais se renouvelle. La preuve :

– À 28 ans, la première fois que j’assume pleinement mon intensité, je suis prêt à retomber amoureux sans la cacher.