Jour 82 – Tout ce qu’on rate de l’autre

365 jours de peine d'amour

La rumeur est qu’il n’y a pas pire cauchemar que d’être sur son lit de mort et d’avoir des regrets. Comme la vie peut s’arrêter à tout moment, chaque décision, chaque choix, chaque direction empruntée prennent des proportions capitales puisqu’ils peuvent être les sujets d’une troublante hantise lors du bilan de l’existence. Évidemment, ce que l’on regrette vient surtout de notre perspective sur les événements vécus étant donné qu’il est possible d’y trouver du positif, donc de ne pas avoir le lourd fardeau du repentir sur la conscience. Aussi, comme il est impossible d’avoir le plein contrôle sur ce qui nous arrive, il devient plus facile de se pardonner quant aux résultats émergeant de nos actions. D’ailleurs, autant nous n’avons parfois aucun emprise sur ce qui se présente à nous, autant nous ne pouvons choisir la période dans le temps où ils adviennent.

Il en va de même des rencontres, de ces gens qui croisent notre route trop tard ou ceux qui la quittent trop tôt. Il y en a que l’on sait entrés dans notre vie au bon moment, mais il y en a d’autres dont on aurait souhaité la présence plus tôt, à qui l’on raconte des anecdotes desquelles ils auraient pu être ou dont on jalouse l’entourage d’avoir pu vivre certaines étapes avec eux à notre place. À l’inverse, quand quelqu’un quitte notre vie, il y a inévitablement le deuil à faire de toutes ces promesses qui ne se réaliseront pas, de tous ces événements anticipés où la présence de l’autre est au centre de la visualisation du moment en question, mais qui devront être vécus séparément ou avec quelqu’un d’autre avec qui ce n’est pas tout à fait ce que l’on avait imaginé.

Autant je n’ai pas de regrets quant à la rupture puisqu’elle relève de ce que je ne pouvais contrôler, il reste que je ne peux m’empêcher d’être la proie de ce pincement qui m’écorche le cœur de renoncer à la vie avec toi. Parce qu’ils ne sont pas terminés, ces moments qui passent où tu n’es pas là alors que ta présence n’avait jamais été remise en doute. Au-delà de la guérison, il m’arrive de songer à tout ce à quoi je n’assiste pas de ta vie, tout ce dans quoi j’aurais voulu te supporter, tout ce à quoi je nous croyais destiné. Le contraire est aussi vrai : il est étrange de ne pas avoir ton regard sur ce que je deviens, ce que j’accomplis et ce qui m’attend.

Pourtant, je reconnais ce qui est arrivé entre nous. Je connais la situation et il y a même longtemps que tu es partie. Par contre, je ne peux m’expliquer le pourquoi de ce sentiment, celui que tu es encore là quelque part en moi, que je suis moi-même ailleurs par fragments pour ne pas tout rater complètement de toi après que nous ayons tout raté de nous. Quitte à le faire complètement, puisque je ne peux tout contrôler, je me laisse aller pour ne pas avoir de regrets, même si ça signifie de ne pas être totalement guéri.