Jour 83 – Décevoir

365 jours de peine d'amour

La déception est un sentiment où le résultat est pire pour celui qui le cause que ceux qui le vivent. À juste titre, les déçus détiennent un ascendant sur le décevant parce qu’il est redevable de ne pas avoir été à la hauteur des attentes placés en lui. En position d’infériorité face à l’hégémonie d’autrui, il cherche par tous les moyens à rattraper ce qu’il n’a pu combler, tâche ingrate parce que ce qu’on attend de lui fluctue maintenant à la hausse. C’est connu qu’il est toujours plus tentant de demander plus quand ce qui est offert l’est fait avec une ouverture à négocier, quand l’offre est dépendante de la demande, débitrice de ce à quoi elle doit rendre des comptes. Ainsi, les intérêts, décidés par ce qui doit être payé, sont gonflés pour s’assurer que l’endetté se ruine dans le remboursement, paiement intrinsèque de sa propre honte de ne pas avoir été assez, donc qui cherche à réparer ce qui est brisé, quitte à casser la tirelire de son intimité pour rétablir le lien déchu, responsable à tort des siens, déçus. Lorsque la dette est acquittée, les dommages sur la crédibilité sont un krach inévitable, le crédit relationnel affecté dans la création d’une hiérarchie entre des êtres pourtant égaux, le dominé économisant les gestes ou les mots pour éviter de contracter encore la déception du dominant, événement boursier trop traumatisant pour le client à qui le premier emprunt a pris tout son petit change. Le renversement des pouvoirs devient presque impossible parce que la banque individuelle prime sur le bien commun, rares sont ceux qui respectent réellement le compte conjoint. Le budget de l’affection prend des allures d’un contrôlant qui donne au contrôlé son allocation, un Wall Street des émotions en plein cœur d’un abus de relation.

Ensuite, la rupture, bien qu’elle puisse avoir l’air d’une libération du capitalisme amoureux pour celui des deux qui se fait faire faillite, il est encore question pour lui de ne pas avoir été à la hauteur des attentes fiscales placées par la société qui dicte aux cœurs de toujours travailler pour bien se caser. Sans revenus de l’autre, ils se retrouvent sur le mal-être social, à la remorque de tout ceux qui sont employés à aimer, ces travailleurs à la chaîne qui enchaînent les amoureux pour éviter de voir leur dette grimper, ce qui est monnaie courante pour aspirer un jour à ne pas décevoir. Parce qu’on accepte mal d’être au crochet des autres, à ne pas se dépenser à gauche et à droite pour essayer de gagner un peu d’amour étant donné que l’argent fait le bonheur et qu’il est véhiculé que nous sommes plus riches à deux. Il est mal vu de s’économiser si ça signifie de ne pas avancer aussi vite que la bourse qu’est la vie, mais il reste qu’il vaut parfois mieux être pauvre seul que d’être manipulé dans une richesse qui est continuellement à rembourser.

Donc, oui, pauvre moi, mais il n’y a aucune pitié à avoir puisque j’ai assez confiance en ma capacité à payer ce que je dois pour accepter de décevoir par choix.