Jour 87 – Sleepyrinthe

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Les jours ne sont plus que de longues nuits puisque mes deux vies semblent en complète fusion. Après les grasses nuitées viennent trop souvent les matinées des longs couteaux, où même la lumière, habituellement alliée politique, ne parvient pas à me sauver, plutôt traîtresse impuissante, rendant le repos erratique. Depuis peu, le passage vers l’autre monde est une détonation des yeux, explosions multiples qui confondent les univers. En d’autres mots, j’ai le sommeil photographique.

Clic. Une plage où il n’y a presque pas de gens. Au loin, ta silhouette. Te distinguer à travers mille. M’approcher. Tu es là. Tu es vraiment là. Pourquoi est-ce que ça me semble si incroyable? Au fond, nous sommes en couple. C’est vrai, nous sommes toujours ensemble. Euphorie. Être traversé par tout l’amour que je ressens pour toi. M’étendre sur la serviette à tes côtés. Interrompre ta lecture. « Je ne suis pas certain d’un jour pouvoir te mériter. » Tu lèves lentement la tête. Je suis sur le point d’apercevoir tes yeux. À quelques secondes de croiser ton regard. À quelques secondes que tu te matérialises. À quelques secondes que tu sois réelle. Vraie. Clic. Ta silhouette de la tête au buste. Devant moi. Autour, tout est noir. Tu regardes devant. Ma vision est une caméra. Je te regarde d’un plan trop large. Rétrécissement par le zoom. Je te vois de beaucoup plus près. Ton regard n’est pas le même. Je t’ai perdue. Nous sommes dans le néant. C’est vrai, nous ne sommes plus ensemble. Vide. Être traversé par toute la douleur de te perdre. Ton regard est dur. Ta beauté ne l’est pas. Toute l’ampleur de la perte m’habite. Tu es là, mais tu ne l’es plus. Tu ne seras plus jamais mienne. Clic. La pénombre. Autour, c’est ce qui semble être la réalité. Tout d’elle a disparu. Les souvenirs, eux, reviennent. Elle a disparu, mais tout de nous revient. C’est un autre rêve? Les yeux sont clos. C’est un rê… Clic. Un couloir. Long. Brun. Les murs sont bruns. Ils sont d’un brun qui inspire la peur. Je ne pourrais jamais habiter ici, mais pourtant, je sens que je devrai. Même à l’intérieur, cette ville m’étouffe. Reste que je devrai quand même y habiter. La raison du déménagement, c’est elle. La voilà qui passe, tout au bout du couloir. La décision de la rejoindre est prise. La rejoindre. L’impossibilité de la rejoindre. Les couloirs s’allongent, les virages se multiplient, je la perds encore. Je la perds encore. C’est vrai, je l’ai perdu. Tristesse. Être traversé par toute la douleur de son départ. Clic. Les questions fusent. Elles sont toutes réelles, concrètes, présentes. C’est ce qu’est la réalité. Le temps semble irréel. Le sablier coule lentement. Les questions restent sans réponses dans ce qui semble être la réalité. Clic. La cuisine de mon enfance, le soir. Une ambiance qui suit souvent le souper. Une soirée. Dans la fenêtre de la porte d’en arrière, son visage. Lui. Son entrée. C’est son grand départ de ce qu’il a toujours connu. Je détourne le regard. Retour sur lui. Il a les cheveux blancs. Tout ces cheveux sont blancs. Une soirée à l’ambiance du plus tard. Clic. Elle est là. Elle rit. Un rire de sangria au parc l’été. Nous sommes ensemble. Clic. Une marche nocturne. C’est le ciel de la Croatie. Clic. Pénombre. Clic. Sa voix. Clic. Ses yeux. Clic. Pénombre. Clic. L’ambiance d’ailleurs. Clic. Pénombre. Clic. Les questions reviennent. Clic. Je repars. Pénombre. Clic. Nous sommes ensemble. « Je t’aime… Je t’aime. » Clic. Pénombre. Nous ne sommes plus ensemble. La preuve, c’est la réalité. Je suis dans la réalité, assis dans le lit du sous-sol de mon enfance. La routine. C’est devenu ma routine de ne plus être avec toi dans le partout de mon enfance. Où s’en va ma vie? Où s’en va ma vie si, constamment, tu me poursuis. Laisse-moi me libérer de toi dans ma réalité ou je devrai rêver pour toujours si je souhaite t’échapper. Tu n’es plus là et je ne rêve pas. La preuve? Je ferme les yeux. Clic? La pénombre… et nous ne sommes plus ensemble.