Jour 88 – Les étreintes éteintes

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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« If you had to pick one thing which I know it’s hard, what do you miss most? Her embrace. »

Ces quelques mots sont le résultat de la transcription d’une bribe de la conversation captée dans une vidéo devenue virale entre un vieil homme et une caricaturiste. L’artiste pose des questions dans le but d’être en mesure de faire le croquis le plus réaliste possible d’une personne choisie par l’homme mentionné. Au fil de l’échange, on comprend qu’il décrit sa femme que la mort lui a arrachée. Vers la fin de l’entretien, dans la continuité du lien créé entre les deux inconnus, elle se permet de lui demander ce qui lui manque le plus de celle qui maintenant n’est plus. À peine quelques secondes, toutes pleines d’une émotion forte et pure, à la fois composée de l’amour ultime, mais aussi du déchirant manque, suffisent pour que sa réponse parvienne à sortir : son étreinte. Et il a raison. L’étreinte est l’empreinte digitale de l’âme. Prendre quelqu’un dans ses bras est une transmission de soi, une connexion des corps universelle qui peut être vécue avec n’importe qui. Juste assez intime pour ne pas trop l’être, elle permet de ressentir sans avoir besoin de dire. Et je sais qu’il a raison quand il affirme que c’est ce qui reste, mais qui se transforme en carence quand quelqu’un s’en va.

Parce que depuis que mon père est mort, c’est ce qui me manque le plus de lui. Parce que malgré la séparation causée par son décès, je n’ai besoin que d’y penser pour ressentir encore la combinaison du physique et de l’intention qu’était un câlin paternel, corps unique allié à une force qui ne pouvait être déployé de cette manière que par lui. Parce qu’il n’existe aucune reproduction à la sensation d’être lové dans les bras de mon père. Parce que chaque être humain peut être reconnu par sa manière de serrer quelqu’un contre lui. Parce que rien ne pourra remplacer l’étreinte de mon père ou de ceux qui ne font plus partie ma vie, mais il demeure qu’il y a tellement de corps à découvrir, à étreindre, à ressentir, à vivre. Parce que peu importe où va le monde, l’acte de prendre quelqu’un dans ses bras ne va nul part et qu’il n’est pas que physique. Parce que ceux qui quittent restent quand même pour toujours. Parce qu’il ne suffit que de se serrer une fois pour que l’empreinte de l’âme survive à jamais. Parce que les gens partent et meurent, mais les étreintes, elles, sont éternelles.