Jour 97 – Loquetobre

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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C’est en pleine nuit, mes idées sont floues et tes mots, un règlement de compte. En terre à demi-connue, tu me roues de coups d’un ton détaché comme si j’étais le seul qui te devait le respect. À mots couverts, tu te caches derrière la violence de la banalité pour m’atteindre directement dans la vulnérabilité. Ma coordination alcoolisée rend impossible toute réplique, je peine à me relever la verve, la répartie blessée, je reçois chaque silence comme une attaque conjugale, une brutalité psychologique. Dans toute l’ambiance meurtrière de tes propos, j’en arrive à désirer la correction, pensant bien qu’il était possible d’atteindre une limite au poignard de ton éloquente opinion. Avec cette envie de m’évanouir d’avoir trop saigné de ne pas répondre, je te questionne sans protection, les bras ouverts, prêt à encaisser le coup de grâce que je venais de te fournir. C’est là qu’arrive toute l’ampleur de tes sévices, plaisir coupable et revanchard, tu me le manifestes d’une trêve, délais camouflé pour mieux percuter plus tard. Sonné, mais surtout vaincu, j’accepte sans pouvoir refuser, la défaite à peine audible dans le combiné, mais tu entends parce que tu jubiles, ton plan d’éviter de me tuer maintenant fonctionne. Tu pars, raccroches et je me contente de rester au sol en attendant ton retour qui n’arrive jamais. Au bout de mes énergies, je rampe pour te provoquer et ton discours s’est assagi, ta pitié en supériorité sur ta prétention, tu ne veux plus aucun contrôle sur mes blessures, tantôt maîtresse de l’agression et maintenant témoin de ta rage, presque surprise de me voir te quémander l’ultime châtiment. Je m’accroche à toi, à cette envie que tu m’achèves, giclant les mêmes mots, en perte de tout, mais tu ne fais que répéter que j’ai besoin de repos, que l’on me soigne de tout ce que tu m’as fait. Proviennent même de ta bouche des excuses, en demi-teintes, presque assumées, mais le mal est fait. Je sais parce que j’ai été conscient et la mémoire est une faculté, qui même affaiblie, n’oublie pas quand elle se vide de son sens. La commotion continue, je demande encore que tu m’abattes le cérébral et je sens dans la rigidité de tes phrases que ta résistance flanche. Avec ce qui me reste de désespoir, je me martèle en sacrifice, conduite en règle pour te forcer à clore ce que tu as débuté, ce que tu termines entre nous. Presque gentiment, maintenant en pleine réalisation devant mon visage tuméfié de tes syllabes, tu as entamé ta prémisse, attachant les sangles de la révélation sur laquelle tu t’apprêtais à m’exécuter. Plus aucun bruit sur les ondes, tu t’es reculée d’un souffle et tu m’as enfin égorgé.

Et tu m’as enfin dit son nom.