Jour 99 – Mea coupable

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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La modestie s’acquière souvent avec l’âge puisque l’arrogance est un mécanisme de défense efficace pour contrer les effets pervers du manque d’estime de soi. Avec la sagesse vient l’humilité parce qu’il est rapidement facile de comprendre que transparaît par tous les pores de la prétention un amour propre heurté. En continuelle construction, il se renforce pour effacer les barrières que la peur d’être jugée instaure dans les relations avec les autres. Ainsi, les connexions humaines s’effectuent plus naturellement, mais elles deviennent aussi plus saines. Parce que le dangereux cocktail entre la peur de son semblable, le besoin de supériorité face à lui et une estime de soi déficiente mène souvent à des actes qui blessent et de ces offenses naissent des failles individuelles encore plus grandes, que ce soit du côté de l’agresseur que de l’agressé. Il n’existe pas de hiérarchie dans les plaies relationnelles, mais à l’ère des mouvements visant à rétablir une égalité sociale et sexuelle avec la femme, j’estime que mes premières excuses de ne pas m’être aimé suffisamment devraient être destinées à la gente féminine avec laquelle je n’ai pas toujours été parfait. Dans cette volonté de parité, non seulement avec un sexe, mais avec l’être humain en général, j’offre en tentative de réparation des mots qui me servent habituellement, ici, à m’exprimer le plus honnêtement possible, mais qui doivent aussi peindre mes imperfections au même titre que mes doléances. Voilà, dans cette envie de franchise et d’équité entre être écouté comme victime et prendre la parole comme bourreau, ce que j’ai à dire à celle qui me terrorise et me galvanise à la fois :

À toi qui m’a mis au monde, je te dis tout d’abord merci et je m’excuse ensuite de ne pas avoir toujours su apprécier la vie que tu m’as offerte à sa juste valeur. Il m’a fallu plusieurs années pour me comprendre et je suis encore en recherche, mais ce que je sais, c’est que les sacrifices que tu as fait pour que je sois là où je suis valent la peine d’être honorés.

À toi qui m’a suivi de quelques années, je te dis que je t’aime plus que je ne te le montre et je m’excuse de ne pas savoir comment te prendre, de m’être éloigné plutôt que d’avoir essayé de comprendre. Comme la vie sait toujours faire son travail, j’ai l’impression qu’elle nous réunit pour nous permettre de rattraper le temps perdu et encore une fois, je n’arrive pas à te démontrer toute la joie que ça m’apporte.

À toi qui a partagé ma vie intime dans l’amour, je te dis que je t’aime encore et que je t’aimerai toujours et je m’excuse de ne pas avoir été le bon, mais je sais très bien que si ce n’est pas moi, c’est quelqu’un d’autre d’encore mieux. Évidemment, je prêche pour ma paroisse en t’affirmant que tu ne sais aujourd’hui pas ce que tu rates, mais je crois fermement que c’est grâce à toi si je suis devenu ce que je suis aujourd’hui parce que notre relation a assurément forgé une partie de mon être.

À toi qui a partagé ma vie intime dans le sexe, je te dis merci de t’être dévoilée à moi et de m’avoir fait confiance et mon souhait le plus cher est de ne pas faire partie de tes regrets. Le sexe, c’est beau, euphorique et jouissif, mais c’est aussi parfois bizarre, incongru et franchement drôle. Donc, si l’extase n’a pas été au rendez-vous, j’espère au moins qu’il t’est aujourd’hui possible d’en rire.

À toi qui m’a donné l’amitié, je te dis que je suis fier que nous soyons des exceptions qui prouvent que la fraternité dépasse l’attirance. Dans toute ma loyauté, je te garde et te promets de continuer les blagues malaisantes qui te font rire, mais aussi questionner ton choix d’avoir un ami comme moi.

À toi que j’ai froissée, blessée, mal abordée, gênée, je t’affirme de tout mon être que je suis sincèrement désolé. Les raisons fusent dans mon esprit pour justifier mon comportement, mais elles m’apparaissent aussi comme une insulte à ton ressentiment qui était et est tout à fait légitime. Le respect de ta personne est ce qui m’importe le plus et j’ai honte de l’avoir bafoué. Peu importe ce qui s’est passé, tu avais raison de te sentir comme tu t’es sentie et c’est à moi de corriger le tir.

À toi qui m’a aimé et à qui je n’ai pu faire justice dans la réciprocité du sentiment, je te dis que tu n’as pas à être gênée de ce que tu ressens, ni de l’avoir affirmé parce que tu as toute mon admiration d’avoir osé ce que de moins en moins de gens osent de nos jours : l’honnêteté. Et sache que si ce n’est pas moi, c’est qu’il y a quelqu’un dont les vibrations de ce que tu ressens à mon égard sont encore plus puissantes. C’est lui que tu mérites.

À toi qui m’a aimé, que j’ai aimé et dont je n’ai pas vécu notre amour à sa juste valeur, je te dis que je m’excuse de ne pas avoir été à la hauteur, d’avoir laissé l’immaturité tout gâcher, de ne pas avoir su te rendre tout ce que tu m’as donné. J’insiste encore sur l’espoir que tu aies déjà trouvé celui qui m’éclipsera, mais aussi sur cette envie que ma présence dans ta vie ait été assez significative pour te permettre de te trouver un peu plus.

À toi que j’aimerai, je te cries que je suis prêt, mais que tu peux prendre ton temps. J’ai maintenant assez confiance en notre destinée pour te laisser décider de ton arrivée, mais je t’attends avec l’envie de déjouer les pronostics parce que j’ai l’intensité de vouloir t’aimer au-delà des statistiques. À tout de suite.

À toi, l’autre qui est cette femme que je n’ai pas eu la chance de côtoyer, je te certifie que tu sais bien plus que moi ce qu’est ta réalité. Il reste que j’ai envie de te dire qu’il existe encore des hommes qui désirent bâtir avec toi, avancer en ta compagnie, main dans la main, dans le respect, la générosité de soi, la loyauté, le partage. Des hommes qui sont comme toi, humains, et qui ne font pas la distinction sur le sexe, mais sur l’âme. Des semblables qui croient en toi, en ton potentiel, qui ont le souffle coupé par ta beauté quand tu t’éveilles le matin, mais qui sont davantage estomaqués par l’infini pureté de te voir interagir avec les membres de ta famille. Des humains comme toi qui ne l’ont pas toujours facile pour des raisons différentes, mais qui persévèrent dans l’espoir d’un jour croiser ta route. Des gens comme moi qui souhaitent que tu te trouves, que tu t’aimes, que tu t’assumes, que tu ne lâches jamais cette quête d’être totalement toi. Nous sommes là.

À toi qui lit ces mots, je te dis que je m’excuse de n’être parfois qu’un homme, de n’être que moi, imparfait, mais aussi que je t’aime et que c’est cet amour de ce que tu es, de ce que je suis, qui me poussent à vouloir être encore mieux, pour moi et surtout pour toi.