Jour 107 – Devoir reprendre son coeur

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Le partage est la valeur commune qui bonifie les relations interpersonnelles. Enseignée dès l’enfance, elle est cette variable qui relie les êtres humains dans la quête commune d’être de bonnes personnes. Se manifestant dans le contact avec les autres enfants à la garderie, elle poursuit son chemin dans l’adolescence pour essayer de s’ancrer tant bien que mal dans l’adulte qui n’est pas toujours parfait dans l’altruisme avec autrui. Effort constant, il demande d’accepter de donner sans rien attendre en retour, ce qui est l’épine dans le pied de la bonne pratique de ce principe. Plusieurs éprouvent des difficultés à ne pas percevoir une éventuelle réponse de l’autre suite à un acte de charité de leur part, mais le partage ne doit pas automatiquement être un boomerang qui revient à celui qui l’a lancé. Au contraire, il est organique et vivant dans sa manière de s’équilibrer au fil du temps, dans tout le naturel de son entreprise, mais elle devient néfaste quand les intentions qui sont derrières sont celles de la volonté de recevoir en échange plutôt que de simplement offrir par plaisir.

En amour, il est au centre de la relation. C’est dans ce don complet de soi que l’on se déchire pour se partager, souvent sans se garder un gros morceau de nous-mêmes puisque l’on juge que le partenaire a droit à tout, au détriment de se préserver un petit coin qui nous appartient. Quand la relation se termine, quand vient le temps de se rafistoler en fonction des pièces qui nous reviennent, nous n’avons plus le modèle de ce que nous étions avant parce que comme nous pensions que le partage entrepris était digne de l’éternité, il n’était pas possible d’envisager qu’un jour, nous ne serions plus définis par nos deux êtres qui s’entremêlent dans une communion symbiotique. Le corps et l’âme pêle-mêle, on devient cette peinture sans numéro et la confusion de ne plus savoir se recoudre qui s’en suit est puissante. Reste que comme tout ce qui s’embrase, elle s’estompe, s’éteint et il redevient plus simple de se reconnaître, les instructions de ce que nous sommes sans l’autre qui reviennent en même temps que nous.

Quand l’assemblage est terminé, c’est le soulagement du devoir accompli qui s’installe, mais la sérénité ne dure jamais longtemps : le manque se ressent. Tout est au bon endroit, mais rien ne démarre, rien ne va de l’avant et on essaie de se souvenir de tout ce qui a été partagé pour avoir été ensuite repris. Comme on se fractionne dans tous les sens de trop aimer, on se questionne à savoir si nous nous sommes entièrement ramassés, mais le moment du morcellement n’indique rien qui puisse laisser croire qu’une partie puisse avoir été omise dans la reconstruction. C’est quand vient le temps de se diviser à nouveau dans une nouvelle relation que l’on réalise ce que l’on doit aller récupérer, que c’est le cœur qui est cet élément que nous n’avons pas su rapatrier et qu’il est essentiel d’aller le rechercher. Dans la honte d’avoir trop promis, on essaie de dialoguer avec celui ou celle qui se l’approprie, essayant de le convaincre que notre cœur ne lui appartient plus alors qu’il est clair que l’on tente de se convaincre aussi. Devant l’acceptation ou le refus, on prend ou l’on arrache et c’est dans les battements meurtris que l’on sait que le partage entier du cœur, c’est fini.