Jour 109 – Elle m’aima, Québec

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Si je plonge dans la cicatrice de ton départ, je me retrouve à nager dans la nostalgie de te savoir exister encore. Dans le sang qui coagule de plus en plus, je m’abreuve de ce que tu as été, AB positif, arrière-goût de toujours me voir te recevoir universellement, mais j’essaie de me sevrer de la natation dans les entailles de notre rupture. Mutilé, je m’auto-guéris et je sèche d’avoir trop saigner, gale que j’essaie de gratter le moins possible, mais il arrive parfois que tu me piques, que tu te coordonnes comme un souvenir qui picote sous l’épiderme. Transformée en maladie de peau, je t’attrape, leucémique dans la clarté avec laquelle tu empoisonnes mes veines de bon sens.

Me voilà convaincu de les parcourir à nouveau, en dialyse de vouloir te reconquérir, loin du large de la raison, je patauge dans la rivière de la contamination sanguine. En plein VIH, je me microscope tous les moments passés avec toi, déterminé à trouver le remède pourtant Ô négatif, la cure passant plutôt par nous deux séparés. Il reste que je me tue à nous réunir, OGM incompatibles, alors que le guide alimentaire des moins que rien m’indique que je ne dois plus te consommer, à la diète de tes prises de sang, sans l’emprise de ton embonpoint. Pourtant, ça me manque de me goinfrer de ta présence, obèse sordide de la baise morbide, le gourmand qui te dévore dans la collecte de nos sentiments.

Ce qui est survenu n’a pas diminué mon appétit, le vampire que je suis croque de cou en cou à la recherche de ton hémoglobine et chaque repas est décevant parce que je me regarde me vider de mon propre plasma. Comme tu n’es plus dans ma vie, je n’ai pour me souvenir que les images, mais ils ne sont pas la transfusion qu’il me faut, les trous dans mes bras se referment, mais les aiguilles sont encore trop proches. Masochiste de ne plus t’avoir, mais avec l’envie d’être sans toi, c’est un dilemme de tous les jours que de combattre pour me garder les globules à la surface. Rouges comme blanches, je suis désorienté dans l’entièreté, dans la saignée de vouloir oublier, les litres s’enfilent et j’ai l’alcoolémie de travers, avec comme remplacement du sang le vin et la bière. La santé revient spontanément, mais les soins ne durent jamais longtemps : j’ai mal à la tête, hémorragique d’avoir trop bu, routinier sanguinaire de revenir au moral incertain.

Séropositif, c’est trop négatif et je m’enfonce dans ma circulation, flot rougeâtre qui s’évanouit en faibles pulsations, sans réussir à m’accrocher aux plaquettes, mais quand je suis sur le point de trop m’avaler, mon groupe, sanguin, au volant de mes vaisseaux, s’accroche à moi comme une sangsue, prêt à extraire de mes saignements tout le virus que tu es. L’afflux de ma Croix-Rouge me sauve souvent l’aorte de ton infection tout juste avant que tu te rendes au cœur à nouveau, police de mes artères qui t’arrête, ancienne anémie qui retente l’effusion. Goutte par goutte, coûte que coûte, les donneurs se succèdent comme des anticorps, hépatite empathique, pour éviter que ma perfusion émotionnelle passe par toi en pacemaker. Ils me prélèvent, me relèvent et je gicle, menstruation de l’obstruction de ne pas s’être finalement fécondés. Mon cycle est mensuel, hebdomadaire et quotidien, c’est l’intraveineuse constante des autres qui empêche mes artères de se bloquer à te retrouver, mais personne ne fournit parce que tu me saignes à blanc. Il y en a partout, j’ai du sang dessus, dessous, mais je ne me répands pas assez pour que tu reviennes m’essuyer. De toute façon, il est trop tard, tu consommes maintenant ta viande bien cuite dans un autre restaurant et je ne suis que ton ex, saignant.