Jour 110 – Ce qui ne reste pas

365 jours de peine d'amour

« Remember walking a mile to your house
A glow in the dark
I made a fumbling play for your heart
And the act struck a spark.
You wore a charm in a chain that I stole
Especially for you.
Love’s such a delicate thing that we do
With nothing to prove
Which I never knew. »

  • Simple Song, The Shins

Ce n’était qu’une question de temps avant que s’officialise ce que nous savions tous deux. Peut-être que certaines réticences s’offraient en résistance à ce que ce ne soit pas déjà dit et reconnu, reste que c’était acquis que le temps allait certainement faire taire les doutes pour laisser toute la place à ce qui ne cessait de grandir à une vitesse presque inquiétante entre toi et moi. Bien que tout semblait naturel, voire facile, il y avait lieu de se questionner sur le pourquoi de ton arrivée dans ma vie, mais il me suffisait de poser le regard sur toi pour perdre toutes facultés nécessaires à pouvoir arrêter pour mieux comprendre cette perte de contrôle qui se tramait en nous. Accélérée, elle n’était constamment qu’à un événement de se précipiter davantage et comme la vie ne se contente pas seulement d’être, elle a mis sur notre route ce qui a confirmé qu’il était trop tard.

Dans le retour vers là où nous avons été réunis pour la première fois se sont cristallisés les jours précédents. Déportés, mais constamment ensemble, nous retournions à la séparation partielle. Plus les minutes filaient, plus nous nous rapprochions de ne plus se voir au gré des envies. Tous deux apeurés, il n’en fallait pas plus pour que les esprits s’embrument de ne pas savoir la suite. Ce qui semblait se concrétiser était menacé par une distance plus fréquente et l’idée que le statut ne soit pas défini avait de quoi déstabiliser l’inébranlable vécu loin de la routine. À court de solutions pour vaincre ce qui se rapprochait de plus en plus, je sentais venir le moment de devoir remettre le sort de notre existence ensemble dans les mains du destin. Ce que j’ignorais, c’est qu’il était déjà là, tout près, dans la voiture avec nous. Il n’était qu’à un seul appel de se manifester. Et c’est là que ton téléphone a sonné.

Dans cet appel se retrouvait une annonce qui allait changer ta vie sous tout les angles, mais je ne pouvais me douter qu’il allait être aussi déterminant pour la mienne. Ma réaction au contenu dit lors de ton entretien téléphonique avec autrui n’a été qu’instinctive, non-calculée, et la magie des émotions s’est ensuite emparée de nous. Sans me tromper, je peux affirmer que c’est à ce moment que tu es réellement tombée amoureuse de moi. Dans l’empathie et l’intensité de mes émotions à ce changement que tu vivais s’est confirmée la construction entamée lors de nos premières rencontres. À juste titre, le soir même, nous formions un couple. En y pensant bien, c’est cet instant dans la voiture qui a enclenché tout le reste.

Et pourtant, il ne reste rien de tout ce qui vient d’être décrit ici outre la possibilité de pouvoir l’énoncer. Pire encore, la force du sentiment qui nous avait non seulement liés, mais aussi fait croire en la puissance de notre union, ne s’est pas perpétuée au travers de notre relation. Habituellement, plutôt que de poser des questions, je cherche des réponses, mais il y a lieu de se demander ce qui explique que cette présence émotionnelle, la fusion de nos deux ressentis, en symbiose à cette occasion précise, ne s’est pas continuée pour nous permettre de survivre. D’où viennent ces changements? Comment s’opèrent-ils sans que l’on ne les remarque, sournois, sans notre consentement? Qu’est-ce qui dicte que ce qui est si naturel ne le devient plus, avec le temps? Est-il réellement possible de trouver réponse à ce qui n’a peut-être tout simplement pas d’explication?

À défaut de rester dans le mutisme que m’impose mes propres questionnements, je sais maintenant que les amours partent avec ce qui ne reste pas.