Jour 112 – Osciller

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Tout va bien et rien ne va plus. Sans le savoir, le balancier se retourne et je suis le pendule qui n’a plus l’heure juste. Les « Tic » ne veulent plus des « Tac » dans la discordance de ce qui ne s’entend pas, mon œil est nu de voir que le temps passe, mais qu’il ne change pas. Un moment, j’ai le moral dans les talons alors que l’instant d’après, c’est l’euphorie d’être heureux qui fait figure de temporalité. C’est dans ce tempo bipolaire que se situe ma réalité : je suis le coucou qui ne sait pas toujours chanter, qui n’atteint pas toujours la note bonheur. Les aiguilles positives sur les chiffres négatifs, mon horloge est déréglée, mais je n’ai pas encore rencontré l’horloger pour me réparer. Donc, j’affiche ce que je suis et les gens viennent me consulter sans jamais savoir s’il fait jour ou nuit : c’est une loterie temporelle que de me côtoyer. J’ai le minuit matinal, déjeuner continental dans l’obscurité et c’est sur l’heure du midi que je m’endors d’avoir trop mangé. C’est parfait si tu as faim, si tu as soif d’apprendre, tu peux me boire au fur et à mesure; c’est impossible de prévoir quand je me liquéfie assez pour être consommé. Chaque chose en son temps : que le verre soit à moitié plein ou à moitié vide, il faut que je sois triste pour te fournir de mes fluides. Grande charpente de bois, je reste de glace si tu t’assèches, mais ce n’est pas volontaire parce que ma volonté de te garder hydraté empiète sur ma difficulté à réguler mes émotions. Quand je pense que je m’en sors, que je ne suis plus moisi d’avoir trop pleurer, je te le signifie pour ensuite ne plus être potable quand tu veux revenir t’abreuver. Je suis cette grande rivière de la durée sur laquelle il est impossible de se fier, qui ne fait que couler au gré du vent, dans les époques qui sont à bâbord une journée et qui ne veulent ensuite plus naviguer. Je flotte comme un clocher qui se tient droit, trônant sur ce que je ressens, mais comme je suis fait de chêne et que je n’ai rien du rosier, je bascule en décalage pour mieux casser. Donc, je mets tout le monde en retard de ne pas avoir d’horaire, je suis le réveille-matin qui ne sonne que tard le soir. Sans précision, il m’arrive de me laisser aller, de bien indiquer de quoi je découle, reste que plus souvent qu’autrement, les grains de la nostalgie reste pris dans mon sablier et je deviens déstabilisé de ne pas me remplir, de me sentir vide sans le sable du désert que j’ai moi-même trempé. Inutile, je ne sers plus à rien jusqu’à la prochaine fois où j’irai bien.

D’ailleurs, il est quelle heure? Dis-moi, je vais mieux ou ça ne va pas?