Jour 113 – Capharnaüm

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard
Michaël Bédard

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Tous les bruits me martèlent l’encéphale, mon cerveau antiquaire, dans un fouillis sonore qui n’est qu’une représentation schizophrénique de l’état de mon existence. Psychédélique, les couleurs gondolent parce qu’à mon image, elles ne sont plus en pleine possession de leur fonction : juchés dans le grenier de l’égarement, nous sommes les objets perdus qui peinent à être retrouvés. Dans le désordre, il est laborieux de savoir à quoi me raccrocher, je suis de plus en plus le bric-à-brac qui tente de s’incarner, interprétation libre de ce qu’on attend de moi, j’essaie de prouver que je survis même brisé. Poussiéreux, les formules changent, mais le résultat reste le même puisque j’ai été visité de fond en comble et il n’y aura pas de rénovation, je ne suis mentalement qu’un bon débarras. Dans l’encombrement des derniers mois, il faut faire le ménage, mais c’est impossible de savoir par où commencer, je suis le diamant qui n’a plus de côté, qui a perdu la face pour ensuite devenir cette bombe que personne ne souhaite polir. Poli, je me retiens d’exploser parce que mes décombres sont plus laids encore que leurs façades. De toute façon, quelqu’un trouvera bien le canon nécessaire à m’expulser assez loin pour que je puisse détonner en paix, mais il se fait attendre au point où je calcule à savoir si j’ai la patience nécessaire pour me réprimer. C’est tellement sale ici que je peux me chier sans risquer de foutre le bordel. Ma réserve, c’est cette envie de me faire nettoyer, que les gens ne quittent pas le nez bouché; reste que je me retrouve gêné de demander parce que j’estime qu’il n’y a rien d’alléchant à torcher ce qui n’arrive lui-même plus à le faire.

C’est confus, je sais, même le coq et l’âne ne veulent plus passer, mais il faut faire honneur au titre quand on se sent dans un état second, quand le vomi lexical ne s’enjolive pas et que j’appréhende d’avance que personne n’aimera. Où cela s’en va n’est pas une question à poser, c’est dans tous les sens vu le déclenchement du système d’alarme, qu’ils sortent tous avec mes meubles, je n’ai rien à vendre et tout à donner. Le vieux parce que c’est tout ce qui reste, le neuf, j’hésite à l’intégrer. C’est correct de me dévaliser, je ne suis même plus en mesure de placer quoi que ce soit, tout s’empile et j’essaie d’y vivre. Un monticule de vaisselle usée par des repas lointains sert de mobilier à l’intérieur de mon adresse, c’est soit on part avec, soit je le fais brûler. Je m’éventre de feu, tout doit sortir, j’emballe même vos dérobes de mes toiles d’araignées. Rien à faire, j’arrête de crier, tout le monde passe sans même regarder. Pire encore, les passants se servent de mon écoute comme d’une poubelle à déchets humains, je suis devenu le dépotoir ambulant de la rupture amoureuse. C’est la vente de garage de ce qui devient cliché, je leur parle de l’amour brisé et ils achètent de moins en moins.

D’ailleurs, on suffoque un peu, non?