Jour 136 – Clutch

365 jours de peine d'amour

« Les mots ne sont plus vains parce qu’ils nous font vivre.

Je me souviens que je ne veux plus mourir. »

  • Tous les jours, Loco Locass

Le suicide me polarise jusqu’au fond des os. Il est ce sujet duquel il m’est difficile d’avoir une opinion claire et précise. D’un côté, il s’agit de gens en souffrance, malades qui ne peuvent plus attendre. De l’autre, il faut questionner l’ampleur que prennnent les émotions sur la rationalité. Il m’arrive de ressentir de la pitié pour celui qui s’y rend et de la frustration de savoir l’acte commis. Je comprends ce qui y mène sans toutefois avoir le courage d’un jour être capable de le faire. Et pourtant…

« C’était pourtant si simple et les circonstances étaient parfaites : on ne parle pour moi que d’un petit coup de volant vers la droite et ce n’est ensuite pour les autres qu’une tragique perte de contrôle. »

  • Jour 32

Les mots peuvent hanter lorsque confrontés à la rétrospection. C’était moi. C’était comment je me sentais. Tout en sachant qu’il était impossible de par mon manque de bravoure depuis si longtemps connu que je passe à l’acte, les pensées suicidaires truquaient mon esprit. Pourquoi? Le cliché : après 32 jours, je n’en pouvais plus de souffrir. Je ne voulais pas en finir avec la vie, je souhaitais changer ce qu’elle était devenue. Heureusement, les jours qui passent démontrent que le chemin emprunté était le bon, que c’est dans la poursuite du trajet entamé que se trouvait la rédemption, mais personne ne peut savoir vraiment ce qui serait advenu de moi si j’avais décidé que la peine d’amour s’asseyait au volant à ma place. Sous l’égide de la douleur, j’étais sur le point de commettre l’irréparable, de faire en sorte que mes pneus de jeune homme en santé, au potentiel certain, aimé de ses proches, allaient tout quitter pour faire une sortie de route au sens propre comme figuré. Bien que je me savais incapable de le faire, ce sont ces pensées qui s’étaient logées dans mon esprit. C’est un pas de plus vers un geste impulsif, vers une prise de décision erronée et qui sait ce que la brume aurait pu faire d’un véhicule que je pensais conduire en sécurité.

« Et l’instant en question était arrivé, voilà que le songe de mourir ce soir-là prenait la forme d’un plan qui n’était qu’à un geste de se concrétiser. Il ne suffisait que d’un coup sec et j’allais devenir un suicidé. »

  • Jour 32

De penser que ce titre aurait pu être ce qui me résumerait dorénavant me trouble et surtout, me donne envie d’appuyer sur l’accélérateur, d’aller encore plus vite pour me prouver que je suis encore en vie, que je n’ai pas pris le fossé d’où l’on ne revient pas. Oui, j’étais brisé, mais comme n’importe quelle carcasse, aussi détruite soit-elle, nous sommes tous réparables. Au départ, l’impression de ne plus rouler comme avant, que la peinture décolle ou que la transmission est sautée peuvent faire croire que plus personne ne voudra embarquer avec nous, mais c’est faux. Autour de nous s’affairent des mécaniciens insoupçonnés qui ont les outils pour nous revamper. Parfois, on peut même aller jusqu’à s’offrir sur Kijiji à un prix plus bas que notre réelle valeur pour essayer de trouver preneur. L’important, c’est de continuer de rouler. Toutes les solutions sont meilleures que de se démonter et d’être ensuite vendu en pièces séparées. Il reste encore une panoplie de beaux paysages sur lesquelles nous n’avons pas posé les roues. Ouvre ta fenêtre et laisse l’air frais entrer. Sors ton bras, laisse-le ballotter au vent et quand ça ne va pas mieux, que le soleil se couche, stationne-toi pour la nuit et dort un peu parce que comme je l’ai si bien dit dans le Jour 32, alors que je songeais à me retourner chez le concessionnaire…

« […] à demain. »