Jour 137 – Autodidacte

365 jours de peine d'amour

L’amour est une musique qui ne s’apprend pas. Il se pratique en essais-erreurs, de chansons réussies en fausses notes assumées, couple duo ou symphonie entourage, on tente de le jouer du mieux possible parce qu’il est nécessaire de l’entendre pour survivre. Toutefois, il arrive que ce qui était autrefois une puissante mélodie en vienne qu’à casser les oreilles puisque jeune, personne n’a de cours pour savoir comment lire les gammes relationnelles. On tente de suivre nos chefs d’orchestres, de les imiter étant donné qu’il n’y a pas mieux que l’expérience d’une harmonie connue pour pouvoir reproduire les plus beaux couplets. Jumelé aux courants qui changent, aux instruments qui se modifient, l’apprentissage des airs d’aujourd’hui se fait dans un travail acharné, toujours en studio pour le meilleur accord, la perle rare et c’est à force de répéter le même morceau que l’on déniche la bonne tonalité. Dans les moments graves comme dans les aigus, on chante de notre plus belle voix, conscient qu’il puisse être nécessaire de recommencer, mais on pousse la note avec notre cœur, dans toute l’intensité du vibrato de notre âme, avec l’espoir d’être enfin juste.

Quand le mixage final s’avère être un flop, il y a remise en question sur la volonté de continuer, de croire qu’une carrière à deux puisse fonctionner et il arrive même de s’enfiler quelques karaokés pour le simple plaisir de beugler sans la pression d’avoir à réussir. À grands coups de succès populaires, on se paire avec des inconnus pour former de nouveaux groupes, épanouissement de vibrer avec quelqu’un d’autre, mais la tournée des grandes salles où il n’y a plus l’intimité du partenaire donnent le tournis et l’anxiété de performance revient. L’envie de pianoter sur la même partition se fait sentir, virtuosité instinctive du musicien déchu. On se met à composer à la recherche de la rythmique idéale, dans l’envie du plus grand concert jamais vécu, celui qui n’arrive qu’une fois dans une vie et qui dure bien plus que la mesure. Cette prestation qui, lorsqu’elle se termine par la fin de carrière de l’un des auteurs-compositeurs-interprètes, est ovationnée par les spectateurs de ce stéréo éternel.

C’est le rêve de tout les jeunes artistes parce que l’amour est un milieu où il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Force est de constater que ma discographie est riche, qu’elle prouve mon expérience en la matière. À peine capable de moduler, paralysé par la gêne, voilà que j’ai enregistré plusieurs morceaux un peu partout à l’internationale, que j’ai lancé plusieurs bons albums solos et que je me sens prêt à endisquer pour de bon. Qui sait, peut-être qu’un groupe est en train de se séparer à l’instant même et que l’un de ses membres cherchera bientôt un bon amouriste pour se joindre à lui… à elle.