Jour 139 – 50-7

365 jours de peine d'amour

Aujourd’hui, c’est ta fête. Le titre, c’est l’âge que tu as. Que tu aurais eu? Je m’excuse de l’hésitation qui affecte la précision de ma littérature, mais je ne connais pas les modalités des anniversaires dans l’au-delà. Disons que c’est la durée qui s’est écoulée depuis ta venue sur Terre. Cinquante-sept ans. Autour, ici, tout le monde meurt. Un jeune joueur de hockey. Un vieux. Même le père d’Archie est mort, papa. Au même âge que toi d’une cause différente, mais je sais ce que c’est. L’envie est là de faire mes bagages et de conduire sans regarder derrière jusqu’à Riverdale pour le consoler. Lui dire que je sais ce que c’est, de perdre son père. Surtout qu’il a aussi été laissé par sa copine. Lui aussi, parce qu’il était parti. Parce qu’il avait besoin de le faire. Elle a trouvé quelqu’un d’autre. Les filles trouvent toujours quelqu’un d’autre. Si les textes se rendent jusqu’à lui, j’entretiens l’espoir qu’ils puissent lui faire du bien. C’est encore le but. Si c’est le cas, qu’il m’écrive et je le recevrai au podcast. Avec Jughead, s’il le veut. Parler des différences entre les meilleurs amis lorsque l’un est en couple et l’autre non. Chaque invité cache son angle, même les fictifs. Ne te méprends pas, je sais très bien qu’il n’existe pas. Tu vois ce que je fais, ici?! Tout ce que le monde qui n’est pas parti avec toi commande, papa : la nécessité de fuir. D’arriver à se trouver une fiction qui nous est propre et qui permet de s’évader, d’oublier la réalité. Parce que la réalité, c’est que tout autour, les tragédies se multiplient et qu’elles emportent des humains avec elles. Tous trop jeunes pour partir. Tout le monde meurt parce que le monde se meurt. Les amours aussi. Ils ne sont plus suffisants. Pendant ce temps, je n’arrive pas à te souhaiter joyeux anniversaire. Pourquoi? Parce que je ne sais plus où tu es. J’essaie de croire, mais je ne sais plus en quoi. L’amour arrive et repart, les gens aussi. On naît pour mieux mourir. L’invention la plus sordide. Dès que la vie commence, le piège s’ouvre avec elle. Avec la naissance vient le pétrin et pourtant, je n’ai plus peur. Je me sens léger. C’est peut-être ça, le bonheur. D’avec les années, ne plus sentir le poids de l’existence écraser ce que nous sommes. Peut-être que c’est grâce à toi. Que c’est là où tu te trouves. Elle est partie de mon cœur pour que tu y prennes la place. Avec tout les morts qui te rejoignent. Qui me poussent à continuer dans la bonne direction. Celle de la vie. Et surtout, celle de la vivre. Étant donné que vous ne pouvez plus, je suis le portail dans lequel vous pouvez venir continuer de vivre. Avec moi. Vivons ensemble, mes amis les morts. Parce qu’à quoi bon être les portes-étendards de la mort si ce n’est pas pour la faire vivre. Vous mourrez, mais vos anniversaires ne s’effacent pas. Il y a là réponse à ma question, à mon incapacité de te trouver le bon souhait. Aujourd’hui, c’est ta journée de vie. Et peu importe où tu es, papa, que ce soit dans mon cœur ou le cosmos, je te souhaite bonne vie. Parce qu’elle ne s’arrête pas quand la tienne se termine. Profite des nôtres. Pendant ce temps, je repars chercher l’amour, quitte à trop le faire et à moins le vivre. Tu me connais. Ça viendra. Au pire, je vivrai quand je serai mort.