Jour 141 – Le retournement

365 jours de peine d'amour

Tout est amené à changer. L’humain grandit, la plante fleurit et le soleil laisse sa place à la lune pour signifier la fin du jour et le début de la nuit. L’entièreté de la création, au sens propre comme figuré, est en constante évolution. Ce qui fonctionne sur une période temps n’est plus bon du jour au lendemain alors que ce qui ne valait rien devient instantanément ce que tout le monde s’arrache. Ce qui est beau peut devenir laid et ce qui l’est arrive parfois à se métamorphoser. Les relations amoureuses n’y échappent pas puisqu’elle sont changeantes, au rythme des saisons et au gré des humeurs. Qu’elles soient subites ou longues, elles sont les proies de revirements de situation incroyables qui ne se prédisent pas. Alors qu’elles sont promises pour toujours, il est rare de les voir se concrétiser jusqu’au bout et c’est devenu une normalité que de les voir se terminer.

Ce qui n’échappe pas à la tendance qu’est le changement, mais qui se veut déchirant, c’est que ce qui est aimé chez l’autre au départ ne le soit plus à la fin. Au contraire, il est même question maintenant d’un irritant dans le couple et chez la personnalité de l’être aimé. Ce qui avait séduit à la base se retrouve ensuite à menacer la survie de l’union. Cette unicité qui avait attiré l’œil, ce trait de caractère atypique ou cette originalité dans la façon d’être et de se comporter s’est retourné contre celui qui y voyait une force, validée en début de relation par le nouveau partenaire, mais qui prend dorénavant des airs d’archétypes dérangeants. Dans d’autres cas, il arrive que ce pan de la personnalité du reproché s’avérait être une partie plus vulnérable de lui, moins assumée et le désaveu amoureux causé entre autre par cette parcelle de son être agit comme traumatisme dans les relations à venir. Le fait de faire confiance et de s’ouvrir pour ensuite voir cet effort se retourner contre soi peut affecter les prochaines interactions sociales en lien avec ce comportement. Les marques laissées au niveau émotif et mental peuvent influencer la personne en question dans ses moindres faits et gestes.

À juste titre, un être sensible qui laisse aller son émotivité auparavant enfouie et qui se voit rabrouer sa sensibilité est moins enclin à accepter de se montrer vulnérable par la suite pour éviter de perdre les gens auxquels il s’attache. En lui s’érige une muraille qui le protège de ce qu’il croit néfaste chez lui alors qu’au contraire, elle le castre à tenter de ressembler à ce qu’il n’est pas. Viennent la perte de confiance et le manque d’estime qui agissent comme des troubles déroutants sur quiconque souhaitant entrer en relation. De là se creuse un cercle bien plus que vicieux où moins il y a confiance, plus il y a muraille et plus il y a muraille, moins il y a relations parce qu’à force de se cloîtrer, le sujet en question n’est plus l’ombre de lui-même et il est impossible de s’aimer quand l’on ne sait plus qui nous sommes.

La vérité, c’est que même les opinions changent et que les goûts aussi. Ce qui a pu être un point fort de l’attirance envers une autre personne peut sans crier gare être la cause du désintérêt. Il n’y a personne à blâmer parce que nul n’est en contrôle. Comme dans chaque situation où deux êtres s’amourachent l’un de l’autre, il y a assurément un début et il peut y avoir une fin, qu’elle soit expéditive ou plus tardive. C’est connu de ceux qui s’engagent, cette possibilité que le tout se termine. Il y a cette mince chance que l’amour ne connaisse pas la rupture, mais il n’est pas possible de savoir sans le vivre. Donc, peu importe les blessures du passé, il ne faut qu’avoir confiance, en la vie, en ce que nous sommes, en l’autre et se laisser aller dans l’aventure, en s’accrochant et en priant pour s’en sortir sans trop d’égratignures. Dans le cas où ça ne fonctionne pas, c’est l’autre qu’il faut laisser partir, pas la confiance parce qu’elle est nécessaire à la guérison. Parce que c’est tout ce qu’il reste à faire. Inévitablement, c’est guérir qui survient. Et après?

Et après, on recommence.