Jour 142 – Maelström

365 jours de peine d'amour

Il est bon parfois de se rappeler d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Mes coordonnées géographiques et émotionnelles sont toutefois imprécises, variables. Déboussolé, j’ai les voiles au gré du vent, les pas qui vont dans toutes les directions. Les doigts en poupe et les sens rocailleux, tout se détériore en une nuit pour s’améliorer le matin. Ou l’inverse. À commencer par maintenant. Le navire est à l’envers, la tente trouée. Je suis le capitaine d’un bateau où il n’y a plus de matelots. La vague, elle, est encore là. Je n’ai pas le pied marin, mais j’anticipe déjà mes bas trempés. Selon la préférence, je suis le marcheur d’une montagne que personne n’ose grimper. Le sommet, lui, est de plus en plus loin. Il apparaît déjà insurmontable et je sais mon corps brisé. L’arche ou la tente, la mer ou le mont, je me noie ou m’avalanche, c’est selon. L’unique variable qui s’applique aux deux situations, c’est que j’y suis seul à essayer de cheminer et j’avance à reculons. Tous descendent ou naviguent en sens inverse, doutes tangibles que la quête que je tente d’accomplir est risquée, voire trop longue. C’est un désintérêt ou un désaveu, reste que le résultat est le même : ce que je ressens comme une besogne de plusieurs hommes, accomplie maladroitement par les fragments de ce que je suis qui ne se recollent pas complètement, je la conquière avec l’unique force de ma volonté bateau contre les jours hauteur. Contre les parois rocheuses ou la violence du courant, j’essaie de résister à l’abandon, à garder une prise bien ferme sur le gouvernail du processus. Mes mains sont fatigués. Mon corps, c’est déjà dit. Ma tête, pire. Mon cœur, au moins, est protégé. Le mal de mer ne se rend pas totalement à lui, j’ai des soubresauts de dégueulis, mais il demeure pur et caché. À l’abri des pirates dont il m’arrive de faire parti. Des ours dont j’ai déjà porté la fourrure. À l’abordage, je veux que l’on me pie, que l’on monte avec moi, que l’on me montre des signes que l’on m’épie. Je cris, je cherche, personne sur les eaux ou en forêt, je crains davantage mon silence que je ne le croyais. Il n’y a pas plus grande solitude que l’écho de ses propres mots. Le bruit de l’eau qui se casse sur mes hypothèses rochers, la montagne qui crépite de mes généralisations inflammables, je provoque pour avoir moins froid, mais personne ne réagit. La forêt pourrait brûler ou l’océan s’assécher que je resterais maître d’une nature où il n’y a qu’une seule espèce. La mienne. Donc, je me contente d’attendre les secours. Ou la fin des 365 jours. Sans trop savoir. Si c’est la vie ou la mort qui m’y attend. Toi, tu penses que je survivrai?

C’est vrai, tu ne réponds pas…

Tu ne réponds plus.