Jour 146 – Apercevoir son Loch Ness

365 jours de peine d'amour

Involontairement, j’ai longtemps canalisé les mauvaises énergies, les miennes comme celles des gens autour de moi. Inévitablement, c’est le négatif qui prédominait sans même qu’une explication puisse justifier ce choix. Être heureux provient d’une décision, mais aussi de circonstances. La décision, c’est que nous pouvons déterminer la provenance des circonstances. Du moins, j’ai le luxe de pouvoir le faire. À quelques exceptions près, j’ai été assez choyé par la vie pour avoir le choix de vivre où je veux, avec qui je veux. Au fil de mes actions se présentent même des opportunités qui permettent de bonifier l’éventail qui se trouve devant quand vient le moment de trancher sur ce que je souhaite pour l’avenir, qu’il soit rapproché ou éloigné. Quand, au contraire, les options s’amenuisent, il faut être en mesure de les renouveler ou d’en faire naître, de foncer dans le destin plutôt que de le fuir.

Fataliste, j’ai souvent préféré l’évasion à l’acte de confronter mon existence pour éventuellement l’améliorer. Dans cette amorphe inertie, je valorisais le statut quo que je décrivais comme la stabilité que la vie d’adulte se doit d’acquérir, mais secrètement, j’attendais avec impatience la prochaine occasion pour oublier et faire taire cette rage liée au sort qui m’était réservé. Impuissant dans l’entreprise de rendre ma vie meilleure, ne sachant pas où aller ou par quoi commencer, je me contentais de continuer dans l’insatisfaction, convaincu que les apparences, surtout celle de mener une vie comme les autres parce que c’est ce qui nous est enseigné, cachaient le mal-être qui me rongeait de l’intérieur. Réussite ou évitement du sujet de ceux qui m’entourent, va savoir : l’humain se porte bien jusqu’à ce qu’il déclare lui-même le contraire. Les plus intelligents cherchent de l’aide et les trop intelligents périssent de trop s’être tus. Pessimiste comme j’étais, je ne peux pas croire que j’aie parlé et que je le fasse continuellement jour après jour. Je change, j’évolue, je comprends et je choisis mieux. Mes perceptions se modifient elles aussi. La maturité n’a plus le même visage, être heureux non plus. En quelques instants seulement, le bonheur est passé d’inexistant à accessible. Tout ça parce que j’ai pris la décision de reculer. Dans cette société qui avance, j’ai voulu me soigner alors que l’on nous éduque à attaquer. Plutôt que de combattre, j’ai eu la maturité d’essayer de comprendre pourquoi j’avais été frappé. Ça nécessite du temps. Celui que l’on ne s’octroie plus.

Quand elle a elle-même fait le choix que sa vie ne passait plus par notre union, j’ai pris le temps. Celui de quitter notre appartement et la ville pour revenir en sécurité, ce qui, sous plusieurs angles, n’était pas la décision la plus optimale pour la suite. Elle m’a laissé, je suis parti et je pensais ma vie terminée. J’ai tout quitté. Loin d’être convaincu, j’ai eu le choix et j’ai fait le bon, sans savoir que j’avais rendez-vous, que c’était celui que je n’attendais plus que j’allais devenir, que c’était celui que je n’attendais plus que j’allais rencontré. Et maintenant, plus souvent qu’autrement, je suis. Plus souvent qu’avant, je suis le bonheur, le mien.