Jour 161 – Rival?

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Il y a un autre qui a suivi. Après moi, un peu pendant, peu importe, il y a un autre homme qui est entrée officiellement dans sa vie peu après la fin de nous deux. Je connais son nom. Il était mentionné comme celui d’un nouvel ami lorsque que nous étions en relation. Dans des moments plus sombres où j’ai espionné les réseaux sociaux de cet autre, j’en suis venu à apprendre bien plus que son nom. Ce que j’ai pu dire, ressentir, penser d’un inconnu dépasse l’entendement. Pourtant, jamais je n’ai eu de rage à son endroit. Il était davantage un vecteur disponible pour me soulager de toute la douleur. Par celui qui prenait ma place, j’évacuais le trop plein de ne plus pouvoir remplir le rôle qui lui était dorénavant octroyé. Mieux encore, je n’ai jamais été jaloux. Du moment où la relation s’est terminée, c’est comme si j’avais accepté d’emblée que ce serait quelqu’un d’autre à ses côtés. Maintenant, quelques mois plus tard, c’est un détachement total qui m’habite lorsque je pense à cet individu. À les savoir ensemble, je n’ai que l’envie qu’il réussisse où j’ai échoué, que cette femme que j’ai tant aimé puisse être comblée à la hauteur de ses attentes. Ensuite, l’identité de l’homme qui y parviendra m’importe peu.

D’ailleurs, dans les trois dernières relations que j’ai eu avant, l’autre qui a suivi est resté. Étonnamment, j’en retire une fierté. Personne ne veut finir deuxième. Par contre, j’ai appris que c’est valorisant d’être la relation préparatoire à la passion qui dure. Parce que même si la rupture brûle jusqu’au fond de l’ego, il n’est pas nécessaire de se montrer en compétition avec ce qui suit parce qu’il s’agit du prolongement de ce que le partenaire est devenu avec soi. Le but, dans un couple, est de bâtir un amour qui ne se termine jamais, mais aussi de faire de son compagnon la meilleure version de lui-même. L’autre qui arrive ensuite a droit à la personne construite dans l’idylle précédente. Si ça s’est terminé, c’est que ce n’était pas la bonne et si ça fonctionne dans l’attache suivante, c’est que nous avons bien mis la table pour que la réussite se produise.

Certains pourraient penser que le souhait premier quand l’on se voit remplacé est que la nouvelle histoire de l’ex ne dure pas. Au contraire, je veux qu’elle perdure jusqu’à la fin pour ne pas voir la nôtre s’être brisée en vain. C’est rassurant de savoir que ce qui était tant chéri s’est achevé pour laisser la place à mieux, à cette finalité mythique que tous désirent, mais que peu vivent réellement. Même si je suis seul et que des pincements de souffrance me visitent encore ici et là, j’arrive à être content qu’elle puisse être heureuse avec cet autre dont je connais le nom et quelques autres renseignements futiles. Surtout, ce que je sais de cet inconnu, c’est qu’elle le mérite parce que si elle choisit de l’aimer, c’est que c’est le bon pour elle. D’ici là, j’attends.

À mon tour, maintenant, d’être celui qui suit… et qui reste.