Jour 167 – Spectrale

365 jours de peine d'amour

Dire « oui » à la venue de quelqu’un dans notre vie, c’est le laisser entrer en soi. Que la relation soit saine ou non, chaque personne à qui l’on octroie notre confiance prend possession d’une partie de nous. Là où ça devient dangereux est quand il y a monopole, quand une seule âme s’approprie complètement la nôtre. Dans son contrôle, elle se manifeste partout, dans les songes comme dans les lieux, pour mieux être maîtresse de ce qui dorénavant lui appartient. Cette hantise relève de la passion fanatique qui transgresse souvent dans l’occulte. Aimer, c’est s’abandonner sans s’oublier et même l’amour a besoin d’un équilibre. En son centre, c’est soi-même qui prime. De donner l’emprise totale de son corps et de son esprit à autrui est l’équivalent de signer un pacte avec le diable. Il n’y a pas plus gourmand que la dépendance affective. Toutes les pensées lui sont dirigées, elle se nourrit de l’attention qu’elle dévore en expansion. C’est l’installation d’un chaos qui détruit les repères qui s’en suit et désorienté, le pauvre misérable se tourne immanquablement vers la seule croyance qui fait encore du sens. Confirmée, l’emprise est partout, omniprésente.

Pour s’en sortir, le seul exorcisme possible est le sevrage complet. Efficace, il n’efface cependant pas les souvenirs. Ce sont les obstacles les plus tenaces à la conjuration. D’avoir vécu des moments intenses avec l’autre en des lieux précis imprime sa présence dans une réalité altérée. Le procédé est souvent utilisée figurativement parlant au cinéma ou à la télévision. Le personnage aperçoit le disparu sous une forme fantomatique dans un endroit significatif pour ensuite le voir s’évaporer. Dans la vie réelle, c’est la mémoire qui place le fantôme de l’autre sur notre route. À l’aide d’un procédé presque surnaturel, elle se déclenche lorsque confrontée à un emplacement, une odeur, une couleur ou une texture. Tout est sujet à un retour du mal. Peu importe où nous en sommes dans la purification de notre paradis, l’enfer n’attend qu’une seule brèche pour se matérialiser.

Dans la métropole comme en région, plusieurs de mes havres de paix ont été les témoins de notre malédiction. Maintenant, ils portent tous les stigmates de notre déchirure. Même si la séparation est loin et qu’elle ne me possède plus, je la vois encore. Hanté par les beaux moments de son sortilège, je l’invoque sans le vouloir un peu partout ou elle s’invite pour me surprendre dans l’illusion qu’elle est devenue. Elle est encore où nous avons été. Je la vois. Pourtant, mon cœur l’oublie, mais c’est mon esprit qui se souvient. Dire « oui » à sa venue dans ma vie lui a permis d’entrer en moi. Comme elle m’a dit « non », il fallait chasser le démon de la voir à tout prix. Il y a longtemps que j’ai lâché prise. Mon cœur l’oublie peu à peu et mon esprit se souvient pour éviter que je m’oublie à nouveau. Ce qui me permet, quand je la croise, de lui envoyer la main et de continuer mon chemin.