Jour 172 – Jouvence

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Rien ne laissait présager ta présence. Dans la forêt, il n’y a rien qui puisse s’apparenter à ce que tu es. Avant que ne me soit donnée la permission de poser les yeux sur toi, tu relevais des plus mystérieuses légendes et des plus divins mythes. Sans penser que ton existence n’était qu’une fable, je n’estimais pas être digne d’être l’une des pièces de ta destinée. Ce que je ne savais pas, c’est que nous étions inévitables. Peu importe le chemin que j’allais emprunter, tout allait me mener à toi. Maintenant, ce qui est connu, c’est que j’ai croisé ta route souvent. Sans pouvoir te regarder, tu te cachais dans l’angle-mort des instants prochains, d’une rencontre à venir. Si majestueuse, il me fallait attendre le bon moment pour te découvrir. Garants de bien plus grand que nous deux, nous n’avions qu’à patienter, dans l’ignorance de l’imminente illumination. Elle est venue doucement, dans un dévoilement de ton immensité.

Estomaqué par la simplicité de ta beauté, il m’a fallu quelques secondes pour me mettre en mouvement. Pas à pas, j’anticipais la douceur de ton ivoire, les courbes de ton relief et la contradiction de ton teint. Mes mains n’ont pas été déçues. Victime de l’extase procurée par le contact, c’est ton eau que je remarque. Agitée en profondeur et confiante en surface. Elle peut être si pâle une seconde pour être trouble la suivante. Dans son opacité, elle est trop froide pour s’y baigner alors qu’elle invite en ses bas-fonds quand il est possible de les apercevoir. Sous l’emprise d’une méfiance certaine, je t’ai observé longtemps, sans cligner des paupières, pour m’assurer que tu n’allais jamais disparaître. Cette longue contemplation a fait naître la crainte. La peur de te succomber m’a envahi. Bien au fait de ma présence, tu m’as montré que tu ne te laisses pas analyser bien longtemps. Plus tentante encore, tu m’ondulais de venir te rejoindre, de me submerger de ton nectar. Sur le point de céder, je restais conscient du piège que tu pouvais être, mais il était trop tard : j’allais me noyer en toi.

Peu à peu, cette notion devenait éventualité. D’entrer en ton dangereux périmètre était la seule issue possible. Tu étais dorénavant, ma noyade, l’unique option. Là, devant moi, tu m’attendais. Devant moi, tu te présentais dans ta plus simple forme et c’était assez pour me faire flancher. C’était assez. Je n’en pouvais plus. C’était terminé de te résister. Résolu à ne boire que de toi, j’ai fermé les yeux. Tranquillement, je me suis donné le droit de respirer… Une dernière fois.

Et j’ai plongé.