Jour 175 – Post-Iceberg

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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C’est simple : j’ai le goût de pleurer. Pire encore, j’ai envie de hurler. La gorge nouée, une masse près du cœur, je suis incapable de l’un comme de l’autre. Épuisé, j’essaie tant bien que mal de coucher sur cette page des mots qui me plaisent assez pour me permettre d’entreposer cette journée avec les autres. Comme si, une fois écrit, ce texte n’allait plus m’écraser de la sorte. Le sujet est clair, le titre trouvé, le style parfait, tout concorde. Rien ne sort. Pourtant, les parallèles sont là, l’originalité aussi, mais c’est comme si je ne pouvais plus. Comme si j’avais tout donné. Pressé, il n’y a plus de jus à retirer de la peine d’amour. Du moins, pas pour aujourd’hui. La solution, c’est de faire confiance à ce que je ressens. C’est de me fier à cette connexion lacrymale qui s’est installée entre ma gorge et mon sternum. Grâce à elle, je t’écris. Dans toute l’ironie possible, je t’écris sur mon incapacité à t’écrire.

Le plan, à la base, c’était d’établir une corrélation entre l’anniversaire du naufrage du Titanic et le mien depuis six mois, jour pour jour. Dans ce lien dérisoire entre l’un des événements les plus marquants de l’histoire du monde et ma petite situation, j’avais la volonté de mettre en lumière tout le comique du souvent trop grand drame vécu lorsque les problèmes se présentent. Opposée à la vraie tragédie, force est d’admettre que ma rupture amoureuse est bien minime. Métaphoriquement, la juxtaposition entre cette parcelle historique et le choc de perdre quelqu’un complété de la descente qui s’en suit est riche. Comme auteur, elle est très intéressante à exploiter. Il ne restait qu’à la concevoir. Ça, c’est ce que je n’arrive pas à achever.

Depuis tantôt, les mots s’écrivent, s’effacent, reprennent place pour mieux échouer à me satisfaire. C’était inévitable, voire certain que ça allait se produire, mais j’ai une énorme peine de vivre qu’actuellement, les mots n’ont plus rien de spéciaux. Au-delà de leur perte de saveur, la relation amour-haine entre eux et moi vient de prendre des proportions démesurées. Ils me fâchent. Insatisfait, je porte le blâme sur ce que tu lis présentement. Après avoir vécu le rejet humain, j’expérimente l’abandon littéraire. Tout l’inexplicable qui m’a permis la rédaction quotidienne depuis presque la moitié d’une année me quitte. Au sein d’un couple, il y aussi la perte de cette étincelle, de cette magie qui rend tout plus facile. Ensuite, ce n’est qu’un choix. Tout abandonner ou essayer de continuer? Quitter pour aller voir ailleurs ou faire des efforts? Arrêter ou travailler plus fort? Se laisser couler ou vouloir survivre à tout prix? Pour 365 jours de peine d’amour, la question ne se pose même pas…

De toute façon, comme elle est partie et qu’elle ne revient pas, j’ai tout l’espace nécessaire sur la porte pour flotter jusqu’à ce que les mots reviennent.