Jour 176 – Cœur

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Le plaisir est intermittent. Il provient du glissement de la peau et des tissus nerveux. Coincés, il s’étirent tous deux au maximum pour revenir à leur place dans un procédé semblable à celui de l’élastique. Peu importe ce qui provoque le mouvement, il est contrôlé. Pourtant, le plaisir reste intermittent. Certaines descentes sont plus agréables que d’autres, celle qui suit n’étant pas garante de la précédente. Chaque chute est une surprise et la remontée qui l’accompagne une sensation. Dans cette mécanique du haut vers le bas et vice-versa, à l’image d’un piston vivant, l’ivresse est presque aléatoire. Elle se jumelle à la pression appliquée, à l’intensité déployée, mais surtout, à l’inventivité de l’imagination pour être les dignitaires de réactions chimiques qui déclenchent presque sporadiquement l’euphorie recherchée. Au départ, il y a prudence et précautions dans l’application de la technique. Ensuite, l’expérimentation se permet quelques fantaisies. Après avoir compris le fonctionnement des diverses méthodes, le laisser-aller et la perte de contrôle amènent le cinéma intérieur à prendre une place prépondérante dans la pratique. S’ajoute à lui une vitesse qui s’acquiert naturellement. Au fil d’essais-erreurs, il est aussi possible d’agrémenter l’instant d’à-côtés plus osés, moins connus, qui relèvent encore une fois de la science médicale. Toutefois, l’exécution standard reste la plus prisée et la plus documentée parmi les pratiquants. À l’inverse de ce qui est tenté pendant, la finale est toujours la même, visuellement parlant. En contrepartie, malgré toutes les discussions sur le sujet, il est impossible de certifier l’émoi vécu comme le même chez tout ceux qui s’y adonnent puisque les secrets à demi-dévoilés plus haut ont la réputation d’agir comme un combustible impressionnant au spasme définitif. Qu’il soit de la même intensité ou non, celui-ci s’illustre par un parcours bien simple, facile à visualiser. Le résultat de l’exercice attend le signal et lorsque la friction prolongée fait son travail, il explose pour s’échapper de sa source. Il le fait au moyen d’un passage à l’entrée d’un tube où il est propulsé dans une élévation similaire à un trajet d’ascenseur. À l’étroit, la forte pression d’être expulsé augmente la vitesse de sa venue ,ce qui contribue au soulagement ressenti lorsque la délivrance survient. Cette dernière se matérialise par la fin du tunnel qui marque la sortie de ce qui reste de l’acte, accueilli pour éviter qu’il se disperse en un dégât non-désiré. Lorsqu’il est certain qu’il n’y a pas de preuve de l’événement, la masturbation est considérée comme terminée, le matériel utilisé est recouvert et la journée continue, le corps détendu.