Jour 187 – L’île

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Le succès est une supercherie. C’est ce que l’exil me fait comprendre. De la métropole où pullulent les opportunités à la modeste ville de mon enfance qui n’est pas reconnue pour rendre riche les artistes, j’entrevois la possibilité d’un compromis entre l’ambition et la quiétude. Réussir, c’est relatif. Depuis longtemps, il est inscrit un peu partout dans ce qui m’est enseigné que le triomphe passe par l’accomplissement professionnel. Encore aujourd’hui, la réputation est basée sur le poste occupé, la possession de capital et sur le compte de banque. Pire, il est véhiculé que la béatitude passe par une carrière achevée et les tentatives pour démystifier cette idée restent timides. Autour, tous semblent être atteints par le phénomène. Contagieux, il a été trop souvent la source d’une anxiété toxique. Les doutes, les peurs et le manque d’estime proviennent en majorité de l’écrasant poids lié à l’obligation de ne pas échouer pour être considéré. Du moins, c’est ce que je croyais. Dorénavant, je peux dire que c’est ce que j’ai cru et que la vie s’est occupée de me prouver le contraire.

Revenir m’a permis de rencontrer l’essentiel. Le mien. De constater que mon bonheur et ma sérénité vont à l’encontre de ce qui est prescrit, que je suis membre d’une société qui ne représente pas ce qui me rend heureux. La marginalité ne m’effraie plus. Maintenant, je sais que j’ai le choix et que je ne peux me conformer qu’au minimum. C’est ce que je fais et ça me convient. Ce que j’ai découvert, c’est que mon bien-être passe par les autres. Ceux qui m’entourent jouent un grand rôle sur mon moral. On a déjà dit que j’étais dépendant affectif et si c’est vrai, j’estime l’être avec l’entièreté de ce que j’aime. En ce sens, cette partie de ma personne m’apparaît comme une qualité bien plus que comme un défaut. À juste titre, il est normal que je me sentes présentement mieux étant donné que je me retrouve entouré de tout ce que j’ai toujours connu. J’ai déjà écrit que je m’attache aux endroits comme je m’attache aux gens. Il est logique que je sois en paix d’être où j’ai existé le plus souvent.

Le seul bémol, c’est que les gens que j’aime n’habitent pas tous d’où je viens. Éparpillés, ils sont majoritairement trop loin pour être atteignables quotidiennement. Le manque est le pire ennemi à mon équilibre nouvellement apprivoisé. Le rêve ultime serait un endroit où j’ai accès en tout temps à tout le monde pour me délivrer de la lourde distance qui me sépare d’eux, dans l’anéantissement des « à bientôt ». Il s’agit de l’utopie suprême parce qu’au-delà du statut quo, les solutions sont minces. Gagner à la loterie pour acheter quelque part où vivre tous ensemble. Vivre assez vieux pour assister à l’invention de la téléportation. Déménager trop souvent. La plus réaliste, c’est probablement d’attendre d’être tous réunis par la mort. Peu importe. D’ici là, je me contente de conduire…