Jour 188 – L’endurance de vivre

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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« Slow and steady wins the race. »

  • Robert Lloyd

Trop souvent, j’ai pensé que ma vie n’était qu’une suite de faux départs. Voulant constamment bien faire, je restais l’oreille concentrée sur la détonation, prêt à partir, à filer vers la prochaine destination, toujours focus sur l’étape suivante. L’atteinte du fil d’arrivée est devenue la raison de la course et le jeu des comparaisons m’empêchait de courir à mon plein potentiel. La concentration axée sur les gens devant, j’ai longtemps oublié d’être l’athlète de mon propre parcours plutôt que l’entraîneur de celui des autres. Mon opinion de mon trajet me condamnait à ne plus avancer : ma vie était trop lente, alors il valait mieux marcher jusqu’à la fin. Ce que j’ai appris à regarder d’un œil moins compétitif, c’est que nous sommes dans un marathon commun où le podium est assez grand pour tout le monde. Ceux qui perdent, c’est ceux qui entrevoient le passage sur la piste comme un sprint. Ils s’essoufflent ou terminent trop rapidement. Chacun a son rythme et l’épreuve ne consiste pas à avoir les meilleurs temps, mais à être satisfait de chaque seconde. Le chemin est plus important que la fin parce que lorsque vient le moment d’enlever les espadrilles, peu importe la distance courue et la vitesse de pointe, la retraite se passe au même endroit. C’est ce qui m’amène maintenant à prendre le temps de contempler les paysages, à faire attention où je mets les pieds et à jogger avec les gens que j’aime plutôt que de leur promettre de les attendre un peu plus loin. Personne n’a à rattraper quelqu’un comme le lièvre n’a pas à ralentir pour plaire à la tortue.

Chaque jour est un entraînement pour s’améliorer et l’athlétisme existentielle est le seul sport où les records sont infinis et personnels. Certains pourchassent une carrière, d’autres galopent déjà avec une famille alors que les nouveaux mariés talonnent l’idée d’en fonder une. Au travers du peloton, il reste des gens comme moi qui patientent d’être rejoints, qui souhaitent trotter à plusieurs, mais pas avec n’importe qui. Le cardio n’est pas dans la continuation de la promenade et n’est plus dans la nécessité de l’accélération de ce qui est pour l’instant une randonnée, elle se trouve dans l’attente de franchir les prochains kilomètres, sans pour autant aller trop vite pour le simple besoin de courir comme les autres. Parce qu’à force de me blesser à vouloir porter un dossard qui n’est pas le mien, j’ai compris que dans la vie, l’important, c’est que l’on a déjà gagné à y participer.