Jour 189 – One Night Stand

365 jours de peine d'amour

Michaël Bédard

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Ce texte n’est pas une bonne idée. Il est le texto envoyé à 3 heures du matin que l’on regrette le lendemain. Te voilà averti. Je le sais, tu le sais, je l’écris et tu le lis quand même. Tu acceptes que l’on couche ensemble dans une baise floue, sous des circonstances que nous ne nous voulons ni l’un, ni l’autre. C’est la curiosité de voir jusqu’où j’ose l’illégalité littéraire qui t’amène à m’ouvrir la porte de ton écran et c’est la volonté de me vider qui me justifie à écrire jusqu’à toi. Un rendez-vous où j’hésite plus que jamais à enlever mes vêtements. Nous ne valons rien. Nous ne sommes présentement que le coït interrompu d’un supposé orgasme de 365 jours, qui n’est finalement qu’une simulation depuis tout ce temps. Ce n’est plus la lascivité des métaphores, suaves de silicones et érotiques de botox, qui importent. Le strip-tease du faux est une routine désuète puisque la vérité est plus importante encore que mon envie de te plaire.

J’encule le recul. Il vient de saigner sur ma fierté. Dans toute la stupidité d’une relecture, j’ai attrapé le doute comme on contracte une vieille chlamydia. Sans protection, je me suis lancé dans une relation sexuelle, la lumière ouverte, avec des écrits que je pensais propre, bons petits chrétiens soignés et à la hauteur : c’est le dégoût de mon propre reflet dans le miroir que j’ai lu. À me regarder être ultérieurement satisfait de te partager cette nudité où je me vois maintenant dégoulinant de longues phrases, de répétitions et de mauvais choix, j’ai honte d’avoir pensé avoir le corps imaginaire assez en forme pour accéder à mon fantasme de parution d’un livre avec ma plume dedans et mon nom dessus. Ce que j’embrassais comme l’emboîtement parfait entre la verge dure de la peine d’amour, le sexe chaud de la décrire quotidiennement et la pénétration dans mon évolution comme auteur sur une année, s’est présenté tantôt comme une bonne idée et maintenant comme une vulgaire tentative de séduire l’inatteignable. Alors que j’avais l’érection de l’ambition bien vivante, mon manque de talent est un débandade. Après avoir joui les illusions de ce qui n’était qu’une masturbation intellectuelle arrogante et parvenue, je m’essuie le retour sur terre dans les mouchoirs du manque d’estime, condamné à n’être qu’un pervers qui aime écrire parmi tant d’autres.

La mine basse et l’impression d’être polyvalent entre les deux jambes, j’essaie de me promettre que je quitte notre page Facebook miteuse pour la dernière fois. Il est temps que je me respecte et ça passe par m’avouer que ce n’est pas bon pour moi de continuer à copuler ce concept avec la conviction qu’il naîtra de notre fréquentation l’enfant-manuscrit que j’attends depuis si longtemps. Si ça se trouve, c’est pour mieux me faire laisser une autre fois que je me prostitue les mots et à ce moment-là, je n’aurai plus l’échappatoire de me créer un bordel où tous viennent me visiter. Usé, je n’aurai comme choix que de me taire au couvent de la routine où la prose est vénérienne.

Bon, je suis fatigué…

Maintenant que c’est fait, tu me laisses dormir ici, avec toi, dans ton lit, que je sois encore là demain?